Bach et le contrepoint
Chronique culturelle du 7 novembre 2008 (3)
Jean-Sébastien est à lui tout seul une époque ; il représente à la fois l’achèvement de tout ce qui le précède et le dépassement de tout cela. Il n’est pas un novateur de formes musicales ; il conserve les valeurs sûres en les amenant au point le plus haut ; « Bach a redit, mieux que les plus grands, ce que chacun avait pensé de meilleur » nous dit Andre Pirro dans son « Encyclopédie de la musique ». A travers des styles jugés désuets tels que la fugue ou le choral, le maître exprime son talent encore incontesté aujourd’hui.
Né le 21 mars 1685 dans une famille musicienne depuis trois générations, Jean-Sébastien Bach apprend très tôt le violon avec son père, montrant un incontournable goût pour la musique (beaucoup plus que pour le latin dont il ne suit que rarement les cours). Après la mort de son père alors qu’il n’a que dix ans, il est confié à son frère Jean-Christophe de quatorze ans son aîné, et copie déjà la musique des plus grands. A 18 ans il obtient un poste d’organiste. Les longs trajets pour assister à un concert ne lui font pas peur – il parcourt 350 km à pied pour entendre le joueur d’orgue Buxtehude.
Vers 1720, après avoir été organiste dans diverses églises, puis nommé à la cour de Cöthen, Bach écrit de nombreuses œuvres instrumentales à l’intention du prince amateur de musique orchestrale. En 1723 il est nommé Cantor de Saint-Thomas et « director musices » de Leipzig. La charge de travail est colossale, et pourtant c’est l’écriture de ses plus grands chefs-d’œuvres. Bach ne fut pas le compositeur le plus producteur mais il fut sans doute le plus régulier dans son travail acharné. De fait la liste de ses compositions est considérable.
On l’a dit : Bach a privilégié les anciennes formes pour les mener au bout de leurs possibilités ; s’il a écrit des concertos, c’est encore dans un style assez primitif avec souvent plusieurs instruments solistes, et il délaisse assez rapidement cette forme (nous verrons comment Vivaldi se charge de la faire évoluer) au profit des chorals, cantates et autres sonates. Il est donc le génie de la fugue, utilisant cette forme contraignante au profit de sa fertile imagination et dégageant les problèmes avec une incroyable facilité. Une des meilleures illustrations de la subtilité du compositeur est sans doute l’écriture contrapuntique des sonates pour violon seul ou suites pour violoncelle seul, où un instrument monodique joue à lui seul plusieurs voix de façon suggérée, en utilisant toutes les ressources de l’instrument. Le prélude de la cinquième suite pour violoncelle notamment comporte une fugue à cinq voix.
Mais le chef d’oeuvre incontournable de Bach est encore la « Passion selon Saint Matthieu », considérée comme la plus grande pièce jamais écrite, par Karajan lui-même. On y trouve une beauté simple et terriblement troublante à travers une écriture sereine aux thèmes répétitifs, et c’est ce calme méditatif, où le chœur est omniprésent, qui impressionne fortement, touchant au plus profond l’auditeur par une harmonisation unique.
Vincent
Dans 15 jours : Vivaldi, l’éclosion du concerto italien.
Jean-Sébastien Bach, « Passion selon Saint Matthieu », Editions Teldec, Chef d’orchestre : Nikolaus Harnoncourt. 8,99 euros.
Imelda @ novembre 7, 2008






