Quel futur pour l’Afghanistan ?
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Le lundi 18 août 2008, la France a renoué avec les réalités de la guerre en apprenant la mort de dix de ses enfants en Afghanistan. Après les quolibets essuyés par l’armée suite au drame de Carcassonne, notamment les critiques acerbes d’un Président peu au fait des questions de défense, après également les coups portés au moral des troupes suite à une réforme militaire brutale et inconsciente, ce tragique évènement rappelle à ceux qui l’auraient oublié le courage et la grandeur de nos forces armées. Et ceux qui, sagement assis devant leur écran, se gaussent à tort de l’esprit discipliné des militaires feraient bien de ravaler leur orgueil mal placé.
« Oui » il faut être aujourd’hui inconscient pour consacrer sa vie à sa nation plutôt qu’à chercher la satisfaction de ses désirs personnels d’égoïstes jamais rassasiés. « Oui » il faut être inconscient pour avoir comme idéal la fierté d’un pays et le respect d’un drapeau plutôt que la défense d’intérêts corporatistes ou pécuniaires.
Et quelle leçon de sacrifice et d’honneur nous laissent ces dix jeunes hommes et leur vingt et un camarades blessés, âgés pour certains d’une vingtaine d’années seulement. Sacrifice et honneur, deux mots qui sonnent malheureusement creux chez beaucoup d’entre nous.
Sachez que vous, parents, frères et sœurs, amis, pouvez être fiers de ces hommes tombés l’arme à la main au champ d’honneur. Car il n’y a pas de petit conflit et le sacrifice de ses soldats vaut tout autant que ceux qui ont marqué l’Histoire de France.
Aux Invalides, trois jours plus tard, c’était toute la Nation qui, réunie derrière vous, rendait ce dernier hommage pour lequel – il faut le reconnaître – le Président de la République fit honneur. L’émotion et la gravité le remettait enfin à sa place, celle d’un chef au milieu de ses hommes endeuillés.
Mais une fois l’émotion passée, ce terrible épisode rouvre logiquement un débat que le Président avait relancé avec sa décision unilatérale en mars 2008 de renforcer la présence française en Afghanistan avec l’envoi de 700 militaires supplémentaires. Décision qui avait provoquée un tollé dans la classe politique avec le front commun des gauchistes et de l’extrême droite contre cette décision. Des réactions qui déjà reviennent à demi-mots après l’attaque sanglante de lundi.
Ainsi à gauche, on dénonçait une guerre sale (j’aimerais à ce propos comprendre ce qu’est « une guerre propre »). Oliver Besancenot parlait de « bourbier » et tel Saint-Jean Bouche d’Or prônait le retrait des troupes et l’envoi d’une aide « politique, diplomatique et économique internationale » pour le pays. Le leader de la LCR était d’ailleurs rejoint sur ce point par Laguiller, Mamère, Buffet…
A l’extrême droite également, Le Pen condamnait les choix stratégiques de Sarkozy en dénonçant un alignement sur les Etats-Unis : « nos soldats n’ont pas à se faire tuer pour l’Oncle Sam ». Ce n’est pas la première fois que Le Pen révèle sa proximité idéologique avec l’extrême gauche sur les sujets internationaux. Même rejet de l’Amérique (et de ses valeurs), même rejet des sanctions contre l’Iran à propos de son programme nucléaire et maintenant même rejet de la guerre en Afghanistan. Sans doute apparaît-il urgent pour ses deux formations d’intégrer que la France n’est pas seule dans le monde : si pour l’extrême gauche le pays semble pouvoir faire fi de la compétition économique mondiale en adoptant des lois suicidaires pour nos entreprises, l’extrême droite n’a pas encore compris que fermer les frontières ne suffirait pas à arrêter les terroristes talibans de faire sauter nos avions ou à éviter la menace nucléaire d’un président iranien fanatisé.
Au-delà de ces réactions épidermiques, d’autres sont fort heureusement venus relever le débat. Ainsi les souverainistes avec Philippe de Villiers et Nicolas Dupont-Aignan se sont interrogés chacun à leur manière sur le bienfondé de la stratégie actuelle en Afghanistan, réclamant que l’OTAN se penche en urgence sur la conduite des opérations et que la France garde son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis.
Pierre Lellouche, député UMP, est allé plus loin en dénonçant une guerre « faite à l’économie » : « l’essentiel de l’effort de guerre américain est allé en Irak et les Européens se sont bien gardés d’apporter une contribution importante en Afghanistan ». Il a aussi critiqué le « désordre considérable dans le système de reconstruction » avec « une multitude d’agences de différents pays, d’ONG (…) qui se marchent dessus ». Au PS, Paul Quilès, ancien Ministre de la Défense avançait que « si l’on ne décide pas d’un infléchissement de la stratégie vis-à-vis du terrorisme et en particulier vis-à-vis de cette guerre d’Afghanistan, on va dans le mur. Croire que la lutte contre le terrorisme ça se gagne comme on gagne Austerlitz ou comme on gagne un combat traditionnel, c’est une grave erreur. Il n’y a pas de réponse militaire unique à la grave question du terrorisme. Faire croire ça, c’est enfourcher le pas » (au président américain). Il faut « que l’effort soit porté essentiellement sur le civil, ce qui ne veut pas dire qu’il faut abandonner militairement », appelant à « former un peu plus l’armée afghane pour qu’elle prenne en main ses destinées ».
Ainsi ne s’agit-il pas aujourd’hui de donner un blanc-seing aux choix du Président de la République. Plusieurs questions se posent. Sur le plan militaire, les dirigeants compétents et les états-majors devraient s’interroger sur les sources qui permettent aujourd’hui aux talibans de s’alimenter en armes et ainsi de mettre en échec l’OTAN. En outre, ces états-majors ne semblent pas avoir suffisamment intégrés que la guerre afghane est avant tout celle du renseignement et de la réactivité face à des guérillas mobiles et déterminées. Avoir recours aux frappes aériennes et s’enfermer dans des bases fixes ne permettront pas de résoudre le conflit.
Sur le plan politique, il s’avère urgent de permettre à l’Afghanistan de pouvoir accélérer son processus de reconstruction en réorganisant les aides et en se penchant sur la délicate question de l’opium qui génère tant de trafics mafieux. Sur le plan humain enfin, il est fondamental de conserver l’adhésion du peuple afghan à la présence militaire internationale, sans quoi les talibans pourront surfer sur les mécontentements et les peurs des citoyens et s’ouvrir alors un boulevard qu’aucune force armée ne serait en mesure de refermer. Il est d’ailleurs déjà reconnu que le nombre de volontaires issus de la population local qui s’engagent contre la présence militaire occidentale est en constante augmentation.
Autant de questions qui rendent plus que bienvenue le débat parlementaire de septembre prochain sur la question afghane. Mais c’est bel et bien au niveau de la coalition toute entière que le problème peut espérer être réglé.
Tribord @ août 28, 2008



