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19 commentaires

  1. Sebaneau août 14, 2008 @ 19:57

    http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_264gtbmtwgg
    http://pasta.cantbedone.org/pages/JWO6P-.htm
    L’agression russe en Géorgie : les leçons pour l’Europe
    Françoise Thom

    Profitant de la torpeur estivale et des Jeux Olympiques, la Russie vient de lancer une offensive de grande ampleur contre la Géorgie. Fidèles à leur habitude, les Occidentaux appellent les deux parties à mettre fin aux violences, comme si Tbilisi et Moscou avaient une part égale dans l’affrontement auquel nous assistons aujourd’hui : on se croit revenu à l’été 1938, lorsque les Britanniques reprochaient à la Tchécoslovaquie d’opprimer les Sudètes. Moscou a jeté le masque lorsque Lavrov a déclaré à Condoleeza Rice que « Saakachvili doit partir ».
    Cela n’empêche pas les chancelleries européennes de déplorer « l’opacité » des intentions russes. Ce refus de voir l’évidence reflète le succès de la guerre psychologique que le Kremlin mène depuis quelques années contre le régime du président Saakachvili et contre l’Occident. Devant ce conflit nous sommes probablement impuissants. Au moins devrions-nous rester lucides.

    Rappelons quelques faits. Le 28 février dernier, le président Poutine rencontre le président géorgien Saakachvili, et exige, comme condition préalable au règlement des conflits séparatistes, que la Géorgie renonce à l’adhésion à l’OTAN.
    Lors du sommet de Bucarest en avril les Occidentaux refusent d’accorder le MAP (Membership Action Program) à la Géorgie et à l’Ukraine. Ce programme représentait une préparation à l’adhésion à l’OTAN, et non l’adhésion elle-même. La décision prise à Bucarest envoie au Kremlin le mauvais message : les Etats européens semblaient avoir cédé à la pression russe, et s’étaient opposés à leur allié américain sur cette question.
    Tout cela est jugé très encourageant par les dirigeants russes qui se mettent à augmenter la pression sur la Géorgie, d’autant plus que la question de l’adhésion à l’OTAN, formellement promise à Tbilissi et à Kiev, restait en suspens.
    Le 16 avril, la Russie annonce l’établissement de « relations directes » avec les gouvernements séparatistes de l’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, décision qui revenait à une annexion n’osant dire son nom. Cette initiative, qui ne suscita que de faibles protestations en Europe et aux Etats-Unis fut suivie par un crescendo des pressions et de provocations russes sur la Géorgie et les Occidentaux. Tout cela s’accompagne d’une campagne de presse en Occident visant à dépeindre le président géorgien comme un va-t-en guerre déséquilibré désavoué par son peuple.

    On ne saurait exclure que ce choix de la guerre s’explique par les intrigues liées aux luttes de pouvoir au Kremlin. Visiblement, l’ex-président Poutine supporte mal de se voir relégué à l’intendance. Comme en 1999, une petite guerre victorieuse au Caucase peut sembler un excellent moyen d’unifier les clans dirigeants et de bloquer toute dérive libérale du régime.

    Pour les Européens, les enjeux du conflit dépassent infiniment le sort des régions séparatistes de Géorgie et celui de la Géorgie elle-même.
    Ce pays constitue la seule voie d’accès aux ressources en pétrole et en gaz de la Caspienne et de l’Asie Centrale que Moscou ne contrôle pas. La volonté acharnée du Kremlin de se débarrasser du régime pro-occidental du président Saakachvili ne fait que s’insérer dans la stratégie d’encerclement énergétique de l’Europe par la Russie.

    Cependant, l’examen du comportement russe appelle d’autres réflexions : depuis l’arrivée au pouvoir du président Medvedev, la Russie ne cesse de préconiser la création d’un “nouveau système de sécurité européen”, qui lui permettrait de marginaliser l’OTAN et d’exclure tout autant des Etats-Unis d’Europe.
    Dans un tel dispositif, appuyée sur son hégémonie énergétique, elle serait en position dominante face à des Etats européens dispersés et une Union Européenne en liquéfaction. Une remarque du représentant russe Tchourkine à la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU du 8 août est révélatrice. Celui-ci a observé que la Géorgie ne se serait pas comportée de la sorte si elle n’avait pas eu des appuis à l’étranger. Autrement dit, sans le soutien occidental et surtout américain, elle aurait depuis longtemps capitulé. Cette logique nous permet de comprendre pourquoi le Kremlin tient tant à priver les Européens de l’alliance avec les Etats-Unis et à isoler chaque Etat européen.
    La Russie n’est pas une puissance de statu quo. C’est un Etat insatisfait de ses frontières, en conflit avec tous ceux de ses voisins qu’il perçoit comme plus faibles, un pays animé d’une infinie volonté de revanche, qui ne croit qu’au mensonge, à la ruse et à la force brutale. L’Europe voit se dresser près d’elle un Etat-voyou.

    Qu’au moins le courage des Géorgiens nous force à regarder cette réalité en face.

    Françoise Thom est maître de conférences en histoire à l’université de Paris IV Sorbonne

  2. Sebaneau août 15, 2008 @ 22:16

    http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_267gznsqjg5
    http://pasta.cantbedone.org/pages/75urID.htm
    Le déjà vu
    Alain Besançon, Membre de l’Institut

    C’est toujours la même chose.

    La Russie prépare longuement le terrain par une campagne de propagande. Elle se démocratise, fait-elle savoir, progresse à pas de géant vers l’Etat de droit. Elle se développe à toute allure et se présente comme un terrain d’investissements pour les entreprises occidentales. Une occasion à saisir ! Les libéraux, les pro-occidentaux arrivent….les technocrates…les pragmatistes… les colombes… les occidentalistes… la nouvelle génération… les classes moyennes… La nouvelle Russie est déjà là.

    En politique extérieure, la stratégie est simple et constante. Elle est de séparer l’Europe de l’alliance avec les États-unis. De séparer l’Allemagne de ses partenaires, en lui promettant certains avantages en échange d’une position plus « amicale ». De neutraliser la France en lui offrant les satisfactions de vanité dont elle est friande. De profiter de l’indifférence italienne, espagnole, des complaisances serbes, hongroises, bulgares. De pousser à la dissolution de ce qui reste de l’Union européenne en préférant systématiquement les accords bilatéraux avec ses membres.
    La tactique est de choisir le moment opportun, le mois d’août, par exemple, quand elle sent les États-unis affaiblis, embarrassés ailleurs, les Européens particulièrement divisés.
    C’est alors la frappe surprise. Alors nous nous apercevons soudain que nous somme mat.

    La Russie se présente comme faible : il faut l’aider, se garder de l’humilier, consolider ses progrès. Elle se présente en même temps comme redoutable par son immensité, son armée, son arsenal atomique, son pétrole. Elle fait planer une vague menace. Elle fait peur. Elle pourrait être encore pire : apaisons la.

    Cela a commencé depuis Khrouchtchev. On peut dire depuis Staline, depuis son virage « antifasciste », depuis son virage patriotique, avant, et après la guerre. Voire depuis Lénine et Rapallo. Et cela continue : Brejnev et la “détente”, Gorbatchev et la “perestroïka”, Poutine et la “remise en ordre”.
    Nous avons pourtant eu le rideau de fer, le blocus de Berlin, la crise cubaine des fusées, l’écrasement de la Hongrie, l’occupation de la Tchécoslovaquie, l’Afghanistan, l’attentat contre le pape, l’état de siège en Pologne, le demi- génocide tchétchène. Aujourd’hui l’invasion de la Géorgie.

    Cette répétition est lassante, mais moins encore que la répétition de nos réactions à nous, les Occidentaux. Le mensonge russe est si gros qu’il est toujours à moitié cru. Nos diplomates, à qui la diplomatie russe ment en pleine figure, en subissent la sidération. Ils n’osent pas dire :

    « Vous mentez. Vous êtes au fond un tigre de papier. Votre économie est misérable, votre démographie en ruine. Retirez vous tout de suite et rentrez chez vous ».

    A la place, nous élevons des protestations feutrées, nous appelons au dialogue, à la négociation. La Russie garde sa proie. Et puis c’est oublié jusqu’à la prochaine fois.
    « Nous n’allons pas revenir à la guerre froide », dit on, comme si elle avait jamais cessé.

    En effet, que veut la Russie de Poutine ? Pour commencer, reconstituer l’URSS. Elle est en contentieux de frontières avec l’Ukraine, l’Estonie, la Lettonie, la Moldavie, le Kazakhstan, la Géorgie. Elle a soin d’entretenir ces contentieux, de les faire suppurer et, quand l’occasion se présente, de l’enflammer, comme aujourd’hui.

    Or ce but est aussi inepte que l’obsession de Hitler pour des « terres à l’Est ». Au lieu de s’occuper de l’épouvantable niveau sanitaire, de l’école à la dérive, elle construit des sous-marins, des porte avions, développe des systèmes d’armes, pratique la menace et le chantage tous azimuts.
    Nous saluons : « la Russie a retrouvé sa fierté ». En fait, elle court à sa ruine. Elle ne peut concevoir la négociation qu’en terme de victoire. Qui aura qui ? (??? ?????) Qui dominera qui ? Ce sont de fausses victoires, des dominations picrocholines inutiles, autant d’obstacles au développement sain et normal de ce malheureux pays, depuis si longtemps malade physiquement et moralement, et que nos complaisances enfoncent dans sa maladie. La domination plutôt que la liberté, la domination plutôt que la prospérité : le peuple russe, hélas, en est intoxiqué.

    Qu’au moins nous ne soyons pas intoxiqués pareillement ! A force de répétition, de crise en crise, cet appétit pour l’agrandissement finit par nous paraître naturel. C’est comme un vieux travers de la Russie, presque un élément du folklore, comme le samovar. C’est leur habitude et nous nous y habituons. Notre jobardise, notre crédulité, notre naïveté sont, avec la domination, l’autre grande satisfaction de l’État russe.

  3. Sebaneau août 16, 2008 @ 5:19

    http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_268gmvncfms
    http://pasta.cantbedone.org/pages/bBZPgt.htm
    http://online.wsj.com/article/SB121876011005742789.html?mod=opinion_main_commentaries
    OPINION
    L’imposture de la ‘protection’ par le Kremlin
    par DAVID B. RIVKIN JR. et LEE A. CASEY, Wall Street Journal, 15 août 2008; Page A15

    L’invasion de la Géorgie sera un moment décisif pour la crédibilité de l’Amérique et pour la stabilité du monde. Si le régime Medvedev—ou plutôt Putin—réussit, en employant la force, à renverser un gouvernement démocratique et pro-occidental, au prétexte transparent de “protéger” la population de Géorgie contre son propre état, la scène aura été dressée pour des agressions semblables contre les autres États –de la Baltique à l’Ukraine, qui sont voisins de la Russie mais qui regardent du côte de l’Occident et de la liberté.
    Aux dangers de l’après-11 septembre s’ajouteront les défis d’une nouvelle guerre froide.

    La Russie est parfaitement au courant de ces implications dangereuses. C’est pourquoi elle a prétendu couvrir cet acte d’agression sous le déguisement de la justice internationale contemporaine.
    Ses dirigeants et leurs porte-parole (y compris Mikhaïl Gorbatchev) ont faussement accusé les dirigeants géorgiens d’avoir violé le Droit international dans les régions d’Ossétie du sud et d’Abkhazie, lesquelles auraient des populations “russes” en raison de la distribution extra-légale de passeports russes dans ces territoires.

    Le Président Dimitri Medvedev a appelé à des “poursuites pénales” contre les auteurs de ces prétendus délits et Vladimir Putin a prétendu que si

    “[on a pendu] Saddam Hussein pour avoir détruit plusieurs villages chiites,”

    Les dirigeants géorgiens seraient coupables de bien plus.
    Les cyniques sans scrupules du Kremlin ont appris le langage de l’humanitarisme mondial.

    Ce discours sur la “protection” était déjà un prétexte favori pour l’expansion tsariste au XIX° siècle. C’est aussi la même rationalisation que l’Allemagne avait mis en avant pour annexer le territoire des Sudètes en 1939.
    Les affirmations actuelles du Kremlin ne sont pas plus crédibles que ses justifications miteuses pour l’invasion de la Hongrie en 1956, de la Tchécoslovaquie en 1968 et de l’Afghanistan en 1979.
    Les assertions russes comme quoi les forces géorgiennes auraient provoqué le conflit en attaquant les troupes russes rappellent Hitler racontant que son invasion de la Pologne en 1939 aurait été justifiée par des attaques polonaises contre les Allemands. C’est particulièrement cocasse étant donné le penchant du Kremlin pour comparer le président géorgien Mikheil Saakachvili avec Adolf Hitler.

    L’adoption soudaine par Moscou d’une “souveraineté limitée” pour la Géorgie ne cadre pas avec les protestations antérieures de la Russie à propos du caractère sacro-saint de sa propre souveraineté, et son insistance obstinée à prétendre qu’elle aurait le droit d’agir sur son territoire comme elle le jugeait bon.

    Le souci moscovite des prétendues atrocités et génocide est également ridiculisé par l’indifférence endurcie du gouvernement de Russie envers les génocides trop réels commis par ses alliés en Irak, dans l’ex-Yougoslavie, ainsi qu’au Rwanda et au Darfour –pour ne pas mentionner l’exceptionnelle brutalité des campagnes militaires moscovites en Tchétchénie.

    Comme on pouvait s’y attendre, MM. Putin et Medvedev prétendent aussi que leurs actes en Géorgie ne seraient pas différents du comportement des Occidentaux vis-à-vis de l’Irak et de l’ex-Yougoslavie. En conséquence, ils ont exigé la démission du Président Saakachvili.

    Le but manifeste de Moscou est de remplacer un gouvernement pro-occidental par un satellite de la Russie, à la fois par l’action militaire et en discréditant la direction géorgienne avec de fausses accusations de crimes de guerre et de génocide.
    Derrière cette hypocrisie, la Russie pourrait bien essayer d’imposer un nouveau système de règles internationales, où Moscou serait libre d’intervenir à volonté dans son “étranger proche”, tandis que les États-unis joueraient les spectateurs. Ces prétentions, qui rappellent la doctrine Brejnev qui postulait que Moscou aurait eu le Droit d’employer la force pour préserver son empire, sonnent particulièrement creux au XXI° siècle.

    L’attaque moscovite contre la Géorgie n’est qu’un élément d’une campagne plus vaste contre ses ennemis réels et supposés, mission qui est menée sans le moindre égard pour les principes établis du droit international.
    Cette campagne comprend l’annexion de facto de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie –qu’il faut désormais considérer comme des “Territoires Occupés” couverts par la Quatrième Convention de Genève.
    Elle inclut aussi des attaques informatiques contre les États baltes, des assassinats d’État contre les personnes dans des pays occidentaux, et le chantage économique comme l’interruption récente des fournitures de pétrole et de gaz de la Russie vers l’Ukraine ou la République tchèque.

    Il importe que Moscou paie un prix concret et tangible pour sa dernière agression, au moins comparable au prix qu’il a payé pour l’invasion de l’Afghanistan en 1979.
    Le refus de visas pour tous les individus liés à l’état russe, et une activité vigoureuse de surveillance et d’enquêtes sue les sociétés d’État moscovites serait un bon point de départ.

    Étant donné les incertitudes historiques en Russie, et le désir des ploutocrates russes de voyager librement dans l’ensemble du monde, de faire élever leurs enfants en Occident, et de détenir des actifs à l’étranger, ces modestes mesures seraient remarquablement efficaces. La candidature de la Russie à l’OMC doit également être bloquée, et sa participation au G-8 suspendue.

    Le gouvernement Bush doit aussi entreprendre avec vigueur de nier toute légitimité aux prétentions juridiques et politiques de Moscou, et défendre sans réserve le Président Saakachvili.
    Nous devons établir un contraste des plus nets entre le rôle dirigeant des États-unis pour assurer l’indépendance du Kosovo –une atteinte à la souveraineté de la Serbie provoquée par les génocides et crimes de guerre effectifs de la Serbie – et l’encouragement cynique par Moscou de mouvements sécessionnistes [comme Belgrade l'avait fait en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, et tente encore de le faire au Kosovo] dans des pays qui avaient fait partie de l’Union soviétique, et qui a pour but de rétablir le contrôle impérialiste de la Russie.

    En cela, John McCain a déjà pris un rôle dirigeant, s’engageant rapidement auprès du Président géorgien et condamnant les agissements de la Russie comme une nouvelle forme d’impérialisme.

    Tout en réfutant les affirmations de Moscou pour aujourd’hui, les États-unis doivent aussi pousser à un réexamen des comptes de l’histoire.
    L’histoire de la Russie a une portée directe sur sa crédibilité. Nous devons rappeler au monde que la Russie demeure impénitente pour ses crimes du passé, dont les moindres ne sont pas les invasions et les annexions forcées de la Géorgie en 1803 et 1923, le dépeçage de la Pologne avec l’Allemagne nazie en 1939, et le massacre de Katyn qui a assassiné des dizaines de milliers d’officiers polonais prisonniers (et dont Moscou continue faussement d’accuser l’Allemagne).
    Or, la Russie refuse d’accepter la responsabilité de son oppression passée de ses nombreux “peuples captifs” – dont, bien entendu, les Géorgiens.

    La crédibilité des États-unis est tout à fait en jeu dans cette affaire. Si un véritable ami de l’Amérique – un État millénaire déjà annexé à deux reprises par Moscou eu cours des deux derniers siècles, une démocratie qui s’est engagée avec enthousiasme pour l’OTAN et l’Union Européenne, et qui a même envoyé des troupes combattre en Irak – pouvait être écrasé sans aucune action concrète de la part de Washington, l’amitié de l’Amérique perdrait rapidement sa valeur, et sa défaveur compterait encore moins. Les répercussions se feraient sentir dans le monde entier, des capitales de la Nouvelle Europe à Jérusalem, Kaboul et Bagdad.

    MM. Rivkin et Casey sont des avocats à Washington, qui entre 2004 et 2007 ont appartenu à la sous-commission des Nations Unies pour la Promotion et la Protection des Droits de l’Homme.

  4. Didyme août 16, 2008 @ 11:59

    Vous avez raison, à ce que je crois…
    Les articles que vous avez la gentillesse de nous proposer prouvent assez bien que la Russie n’est pas un allié fiable.
    Autant il me semble qu’elle n’a rien fait pour empêcher l’indépendance du Kosovo, qui aurait donné lieu à une confrontation avec l’Occident, qui aurait reculé (On ne meurt pas pour Pristina), autant je trouve pitoyable de s’en prendre à des Etats aussi faibles que la Géorgie, qui ne cherche qu’à défendre son intégrité territoriale.
    Depuis le testament de Pierre Ier le Grand, on sait ce que souhaite la Russie : atteindre et contrôler les mers chaudes, pour s’assurer des débouchés. C’est pourquoi les Tsars et les soviétiques se sont efforcés de progreser vers la Mediterranée et l’océan Indien. D’ailleurs, à l’époque, s’ils pouvaient atteindre les lieux saints, ce n’aurait pas été plus mal. C’est l’un des motifs de la guerre de Crimée. Profiter de l’effondrement de l’empire ottoman pour s’étendre. Tel était sa logique.
    Aujourd’hui, elle revoit ses ambitions à la baisse. Elle sait qu’elle ne peut risquer la confrontation brutale avec l’Occident. Elle agit par petits pas, en Transniestrie, dans les pays baltes et dans le Caucase. Tout ce qui est acquie ne peut être rendu. La Finlande réclame toujours la Carélie, annexée en 1940, je crois. La Japon réclame toujours les îles du nord.

    Pourtant doit-on considérer que la Russie est systématiquement dans son tort ? L’existence d’Etat comme le Belarus n’a aucun sens, puisque la plupart des habitants se sentent russe (sauf la jeunesse, peut-être, et encore). Mais aller contre la volonté des peuples pour les annexer progressivement, voilà qui est illégitime.

    Il faudra bien un jour que l’Occident arrête ces vaines ambitions, quitte à refaire la Crimée. Si seulement nous avions assez de courage…

  5. Sébastien août 16, 2008 @ 18:41

    Et bien, quelle bonne et belle propagande!

    Juste quelques courtes questions en ce qui me concerne:

    1. Comment réagirait les Etats-Unis si la Russie installait des bases et des armements lourds à Cuba? Ah zut, c’est déjà arrivé. Il y a plus de 40 ans néanmoins.

    2. Pourquoi ne pas rappeler que la Russie possède un mandat de l’ONU qui l’autorise parfaitement à manoeuvrer dans cette région?

    3. Pourquoi le “département” de Géorgie dépense en proportion de son budget, 3 fois plus en équipement militaire que la Russie? Saakashvili espère-t-il un jour rivaliser avec cette dernière? Qu’en pense la population?

    4. Qui a tué, donc tiré, sur les centaines (milliers?) de civils dans les attaques du 7 août 2008, jour inaugural des Jeux Olympiques?

    5. Citation à éclairer: “À la mi-juillet, les troupes étasuniennes et géorgiennes ont tenu un exercice militaire commun dénommé « réponse immédiate, » impliquant respectivement 1.200 Étasuniens et 800 Géorgiens.

    ???Le 12 juillet, une annonce du Ministère géorgien de la Défense déclarait que les troupes étasuniennes et géorgiennes « s’entraînent durant trois semaines sur la base militaire de Vaziani, » près de la capitale géorgienne, Tbilissi. (AP, 15 juillet 2008.)”

    Sébaneau cite les opinions, je dirais plutôt une succession de mensonge éhontés, de diverses personnes à l’origine politique indéterminée. Je cite des faits connus.
    J’attends des explications claires et précises.

  6. Didyme août 16, 2008 @ 20:53

    Il est tout à fait probable que la Géorgie ait prévu cette attaque. Depuis 2004, le président géorgien fait des préparatifs pour remettre dans le giron de Tbilissi les régions autonomes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, comme il l’a fait pour l’Adjarie.

    En réalité, je pense qu’il en a marre d’être sous la menace permanente de la Russie, qui dispose effectivement de mandats dans ces régon (ce qui ne la rend pas légitime). La Russie n’a pas légitimité à intervenir car son action contribue à dissoudre une communauté nationale qui préexiste à sa politique. Ni les Abkhazes, ni les Ossètes n’étaient majoritaires, quand ils voulaient l’indépendance. J’ajouterais que les Ossètes qui se veulent Russes ne sont que des Russes expatriés. Les habitants de l’Ossétie ne réclament pas particulièrement leurs indépendance.
    Qui a tiré sur les civils ? Nous connaissons les méthodes russes, rôdées et appliquées en Tchétchénie.

    De toute manière, il me paraît particulièrement difficile de dire qui a raison ou tort, puisque les deux camps s’évertuent à mentir autant qu’ils le peuvent. Mais je ne crois pas que les Russes n’aient que de bonnes intentions. Nostalgiques, ils cherchent sans cesse à récupérer une influence qu’ils ont perdu avec l’Union soviétique…Et cela est particulièrement préjudiciable à la stabilité des nations (pays baltes, Asie centrale)…

  7. Sébastien août 17, 2008 @ 18:33

    Les mandats de l’ONU ne sont pas légitimes? Ah bon…

    La Tchétchénie, manipulée comme la Géorgie. Ah oui, bon exemple. Tiens d’ailleurs, il ne s’y passe plus rien? Quand les choses ne marchent pas d’un côté, on essaie de l’autre…

    C’est vrai que la menace Russe sur le monde, j’y pense tout les jours. Il sont partout d’ailleurs: Colombie, Irak, Arabie Saoudite, Darfour, Afghanistan, Turquie, Pologne, Vietnâm. Où sais-je encore! Sur la Lune!
    Tiens d’ailleurs, au Pakistan, le président commence à déranger les Américains, et je vous le donne en mille: il est en train de se faire débarquer après avoir été installé par les mêmes…

    Merci aux Américains de nous faire vivre dans un monde si stable et si pacifique, et pardon de mon ingratitude….Chers maîtreeeuuuuus….

  8. Claurila août 17, 2008 @ 18:52

    http://www.menapress.com/article.php?sid=2131
    Niekulturny, en avant !
    Par Laurent Murawiec, Metula News Agency info # 011708/8, 17 August 2008

    Les niekulturnyi - l’expression méprisante utilisée par les intellectuels russes
    pour décrire les « sans-culture » : les rustres, les brutes, les nervis du genre de Poutine.

    Comme tout événement important, la guerre de Géorgie recompose la configuration stratégique mondiale. L’affaire n’est pas finie, mais on peut d’ores et déjà entrevoir les contours de la nouvelle donne.

    Primo, la Russie. Contrairement aux propos légers proférés ça et là, l’économie russe n’est pas en pleine reprise : l’extraordinaire fortune pétrolière et gazière tient lieu d’économie. Les propriétaires de la manne, Poutine et les autres oligarques, accumulent des fortunes personnelles et consacrent le reste à deux choses : d’un côté, le développement des services, bancaires et autres, qui concourent à la gestion des hydrocarbures, des industries, comme la construction, qui logent et donnent des lieux de travail aux gestionnaires des hydrocarbures ; de l’autre côté, la réfection de l’appareil répressif et militaire.

    Ce dernier d’ailleurs n’a pas été réformé mais a fait l’acquisition de jouets coûteux qui servent le dessein du « retour de la Russie ». La réalité profonde de ce pays, quant à elle, reste à la traîne : c’est une espérance de vie des mâles inférieure à celle des pays d’Afrique noire, à 56 ans ; c’est un effondrement démographique irrésistible, qui mène la Russie à passer bientôt le seuil des 100 millions, vers le bas – dont une grande partie ne sont pas des Russes « ethniques ». A témoin, le groupe le plus fourni de la levée du contingent 2009 sera constitué par… les Tchétchènes, devant les Russes.

    L’obsession de la grandeur, qui est pour eux synonyme de la grandeur de l’Etat (derjavnost), la haine écumante qui les possède d’avoir été délogés de leur rang « naturel », celui de colosse eurasien et de co-régents du monde, a nourri chez les dirigeants russes une volonté de revanche qui passe par l’humiliation des « traîtres » - satellites échappés à l’attraction russe, républiques qui ont décampé de la prison soviétique à la première occasion, Slaves infidèles à la Mission russo-centrique. L’Ukraine, les Baltes, la Pologne, les Tchèques et Slovaques, les Hongrois – doivent revenir, de gré ou de force, au « bercail » multinational de la Russie.

    Comme l’Islam considère toute terre ayant jamais été annexée par les Musulmans comme « terre d’Islam [en arabe Wakf. Ndlr.]) » ad vitam perpetuam, la Russie considère que tout pays qu’elle a jamais dominé et colonisé est russe pour toujours. Tout comme elle considère tout Russe, même naturalisé ailleurs, comme soumis aux « lois » (volontés) de la Russie.

    Armée, comme l’Arabie saoudite, par le cash pétrolier, la Russie est gouvernée par les niekulturnyi - l’expression méprisante utilisée par les intellectuels russes pour décrire les rustres, les brutes, les nervis du genre de Poutine, les « sans-culture ». Mufles aux manières frustes, mélange désagréable de Mongol et d’éthylisme – jouant des avantages que les autocraties ont sur les démocraties : unité de commandement, aptitude à agir sans contrôle, rapidité d’exécution, secret, et mensonge illimité, dont l’éternel retour vous laisse pantois.

    Les absurdes pinailleries concernant les responsabilités des Géorgiens et de leur président sont des feuilles de vigne propagandistes (voir par exemple Marek Halter dans Le Figaro, qui se fait le petit télégraphiste de la ligne du parti, mais la liste est longue et navrante) : la politique de la Russie est celle de la Reconquista. Tout le reste n’est que mauvaise littérature.

    Poutine a préparé l’action de longue main, dès le mois d’avril, nous dit le spécialiste russe des affaires militaires Pavel Felgenhauer. On ne lance pas à l’improviste une opération combinée des commandos, des unités de blindés, de la marine et de l’armée de l’air, sans oublier une vaste cyber-attaque commencée une ou deux semaine avant l’assaut. Vu l’état général des forces russes, où les officiers vendent les pneus, les munitions, les carburants et les équipements, il a fallu préparer spécialement l’invasion pendant des mois.

    Poutine a joué, il a gagné. Il voulait démontrer que la Russie peut mobiliser une écrasante supériorité contre les cibles qu’il choisit ; il voulait insuffler la peur, montrer qu’il entrerait en guerre en se moquant des frontières internationalement reconnues, qu’il se fichait bien de notions telle que la souveraineté ; qu’il utiliserait toutes les ressources du mensonge russe et profèrerait des menaces de gangster. Comme celles du ministre russe déclarant que les Baltes et les Polonais « devront payer » leur soutien à la Géorgie. Comme les menaces du numéro deux des forces armées russes, Nogovitsine, menaçant la Pologne de représailles nucléaires, maintenant qu’elle a signé l’accord d’installation du système anti-missile américain sur son territoire.

    « La Russie est de retour » : la Russie – le Goulag, les dizaines de millions de morts du lénino-stalinisme, Katyn, [l’antisémitisme. Ndlr.], la chape de plomb de l’oppression, l’écrasement des Hongrois, puis des Tchèques, l’orchestration du terrorisme européen et arabe – est de retour. Attention à la Crimée, région de l’Ukraine dont Moscou ne va pas tarder à réclamer la « restitution ». Attention aux frontières contestées avec les Etats baltes.

    Et les autres ?

    George Bush est resté quatre jours aux J.O. de Pékin pendant que Gori brûlait. Au retour, il a passé trois heures à se faire briefer au siège de la CIA. Quoi ? Il n’avait pas été briefé auparavant ? Pourtant, les moyens de surveillance satellitaires américains sont tels que pas un mouvement de troupe, pas même un sergent russe se grattant l’arrière-train, ne leur ont échappé.

    Washington n’a pas adressé d’avertissement à Moscou – si l’on avait fait savoir que l’on garantissait l’intégrité de l’espace aérien géorgien, par exemple, alors que se multipliaient les signes précurseur d’une attaque russe, on aurait servi à quelque chose – mais Bush se prélassait en Chine, pendant que la pauvre Mlle Rice était en vacances.

    Washington a en fait donné à comprendre à Poutine que les Etats-Unis ne feraient rien. On peut aujourd’hui faire monter les décibels, ça ne change pas les réalités sur le terrain ni le fait accompli. L’unique signe positif enregistré aux Etats-Unis a été l’attitude vive et ferme du candidat républicain McCain.

  9. Didyme août 18, 2008 @ 14:28

    Sébastien

    Pourquoi adopter une vision binaire des choses (Américains contre Russes) ? Pourquoi affirmer que les Russes sont partout ?
    Je n’ai jamais dit que les Russes voulaient être partout, ou qu’il fallait soutenir à tout prix les Américains…

    Je dis simplement que les Américains ont eu tort au Kosovo, c’est une opinion, mon opinion. Je dis aussi que les Russes ont tort en Géorgie. Pourquoi ? Parce que, dans tous les cas, c’est l’intégrité d’un territoire et d’un pays qui est détruit, c’est la bien commun d’une nation qui est démantelé par le seul bon vouloir de l’ONU ou de quelques dirigeants. Voilà pourquoi je pense que les mandats de l’ONU ne sont pas forcément légitime, surtout lorsque l’on connait la poids de la Russie dans cette organisation…

    Le droit des nations ne se compte pas en fonction des mandats de l’ONU, encore moins en fonction du pseudo-”droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”. Les Russes cherchent à se venger du Kosovo, à obtenir une crédibilité internationale.

    que direz-vous quand ils décideront de démanteler la Moldavie pour faire de la Transniestrie la “Kaliningrad du sud” ? Accepterez-vous qu’ils violent toutes les condamnations internationales pour cela ?

    Les Russes ne font que reproduire ce que font les Américains, par réaction. Les Américains déstabilise quand cela les arrangent. Ils sont aussi capable de faire la guerre quand cela les arrange (ce qui est le leitmotiv de toutes les guerres). Les Russes font exactement pareil. L’un comme l’autre n’ont aucun souci du bien des peuples, pourvu que leurs intérêts soient préservés…

    Ni l’un, ni l’autre…

  10. Sébastien août 18, 2008 @ 21:07

    Bon, j’ai bien compris l’orientation de ce site de “ré-information” (très KGB comme terme…).

    Merci Claurila de souligner la faiblesse Russe, euh, je veux dire Américaine, qui s’est pris une raclée stratégique des minables Russes. Les représentants fantoches (Bush & Rice) gesticulent face à leur propre impuissance en utilisant la soumission pitoyable du reste de l’occident qui lèche les bottes usées de leur impérialisme médiatique.
    J’aimerais bien savoir quant à moi, ce qui tient l’armée Américaine, à bout de souffle, ainsi que les Etats-Unis?

    J’admire également votre raisonnement qui attribue à Poutine la préparation d’une attaque de longue date. Mais comment donc s’y est-il pris pour savoir que la Géorgie allait attaquer? Quel génie et quels services de renseignements efficaces!
    Pas comme Bush, incapable de prévoir 4 détournements d’avions simultanés sur le World Trade Center, le Pentagone et la Maison-Blanche…N’en jetez plus!

    Encore merci d’avoir répondu à côté de la plaque, par insinuations et décrédibilisation. Cela ne fait que conforter la réalité des faits.
    Désolé, mais là, la croyance et la foi aveugle n’y changeront rien.

    Bien à vous.

  11. Dydime août 19, 2008 @ 10:23

    “La croyance et la foi aveugle n’y changeront rien.” Non, c’est sûr.Il n’est d’ailleurs pas question de foi ou de croyances…
    Je n’ai jamais attribué à Poutine cette attaque. J’affirme simplement que ces régions sont un casus belli depuis 15 ans…Il est normal que le renforcement de la politique géorgienne entraîne un durcissement de la position russe…

    Je répète ma question : pourquoi avoir une vision binaire des choses ? Pourquoi est-ce que vous avez l’air de me considérer comme un pro-américain ? Je ne suis pas pro-américain. Je ne suis pas plus pro-russe.

    Ce qui tiend l’armée américaine à bout de souffle ? Je ne vois pas ce que vous voulez dire…L’armée américain subit des revers en Irak, mais elle est loin d’être à bout de souffle. Les Russes maintiennent l’armée américaine à bout de souffle ? Soit. cela ne change rien au problème que l’invasion de la Géorgie est illégitime.

    Mais il est certain que la faiblesse des Occidentaux est pronfondément dommageable à la stabilité internationale…

  12. Sebaneau août 20, 2008 @ 2:43

    http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_277hk89gmd2
    http://pasta.cantbedone.org/pages/pW0EIf.htm
    http://www.weeklystandard.com/Content/Public/Articles/000/000/015/439vfaoo.asp
    La Russie : un tigre de papier
    Par Stuart Koehl, Weekly Standard, 19 août 2008

    Un bon coup, et paf !

    Ma petite évaluation des options ouvertes à l’Occident dans le conflit géorgien actuel — “The Pain Game: A Military response to Russia’s aggression?” a provoqué de nombreux commentaires, à la fois favorables et défavorables. La critique la plus raisonnée m’a accusé de faire passer la tactique avant la stratégie, c’est-à-dire de ne pas regarder voir les choses “en grand”.
    A cela je réponds par un “mea culpa” qualifié. Le texte était conçu comme une réplique concentrée à de nombreux commentateurs, décideurs, et analystes qui prétendaient qu’ l’Occident n’avait “aucune option militaire” en Géorgie, quand en fait, des options militaires, il y en a.

    Cependant, j’ai réfléchi assez longuement à une approche stratégique complète des rapports des États-unis avec la Russie. On peut trouver ces idées, résumées dans le chapitre 9 de Ideas for America’s Future (http://www.brookings.edu/press/Books/2008/ideasforamericasfuture.aspx ) que j’ai écrit en collaboration avec Jeffrey P. Bialos du Johns Hopkins University Center for Transatlantic Relations ( http://transatlantic.sais-jhu.edu/ ). La stratégie décrite se fondait sur les prémisses suivantes :

    1. La Russie est un pays qui se trouve probablement au milieu d’un déclin irréversible. Elle souffre d’une crise démographique sérieuse –un taux de fertilité total d’environ 1,4 % et une espérance de vie pour les hommes de seulement 59 ans, qui va voir sa population décliner jusqu’à 125 millions voire moins dans les dix prochaines années. Son gouvernement est de plus en plus autocratique, réprimant la liberté d’expression, chassant l’investissement étranger direct et les transferts de technologie nécessaires pour entretenir le développement économique.
    L’économie russe est elle-même de plus en plus dépendante de transferts militaires à haute technologie d’un côté, et de l’extraction des matières premières –principalement le pétrole et le gaz naturel—de l’autre.
    Quant à l’armée russe, elle tire la langue faute de ressources (y compris du personnel de qualité), c’est un équipement de plus en plus vétuste qu’elle utilise, et ses plans de modernisation et de reconversion se heurtent à des problèmes sévères.

    2. La Russie connaît une période transitoire de prospérité à cause de l’inflation du prix du pétrole et du gaz naturel. Cependant, la production russe de pétrole et de gaz décline depuis plusieurs années. La Russie a d’énormes réserves non exploitées mais nécessite une infusion de technologie occidentale pour les tirer du sol.
    Or, cet investissement technologique ne viendra pas, du fait de la “réappropriation” par Putin du “secteur d’extraction” et de l’expropriation des investissement occidentaux [bien fait pour ces c...] dans diverses entreprises conjointes avec les sociétés pétrolières de Russie.
    La base industrielle de la pétrochimie russe est une antiquité, et de plus en plus difficile à faire tourner. Il s’ensuit que les exportations russes de pétrole et de gaz commenceront à baisser fortement dans un avenir proche.

    3. Putin a utilisé la bulle sur le marché du pétrole et du gaz pour entretenir le développement économique et donner de la prospérité aux citoyens de Russie, même si la distribution des richesses est fortement inégale.
    En Russie, la plus grande partie de la nouvelle richesse est concentrée à Moscou et Saint Pétersbourg, et quelques centres pétroliers en Sibérie, mais les villes de province, de même que la campagne, sont pour la plupart toujours embourbées dans la pauvreté. Néanmoins, Putin a réussi à passer un marché avec le peuple russe : en échange de la prospérité et de la stabilité, le peuple lassera faire une plus forte concentration de pouvoir à Moscou.

    4. L’autre aspect du Putainisme est l’emploi du pétrole et du gaz naturel comme des armes contre les ennemis supposés dans l’”étranger proche” et en Europe occidentale. Parce que les oléoducs existants depuis l’Asie centrale et la Sibérie passent tous par le territoire de la Russie, le gouvernement russe, par son contrôle des compagnies pétrolières et gazières d’État, peut interrompre la livraison, et réduire ou accroître le prix du pétrole et du gaz naturel en Europe centrale et orientale, menaçant ainsi la stabilité économique de ces pays, ce dont on peut se servir pour soutirer des concessions diplomatiques et économiques d’un côté, et punir les comportements contraires aux projets de Moscou de l’autre.
    C’est ainsi que la Russie, en dépit de son économie anémique et de son armée inepte, s’est débrouillée pour jouer un rôle dans la grande politique européenne.

    5. Pourtant, le bon temps n’aura qu’un temps, et à long terme, toutes les tendances s’opposent à la réémergence de la Russie comme grande puissance.
    Cela pose un danger potentiel pour les États-unis et leurs alliés, parce que les empires sur le déclin créent l’instabilité sur leurs régions frontière jusqu’à ce qu’ils s’effondrent totalement ou qu’une nouvelle structure de pouvoir.

    Étant donné ces points de départ, les États-unis devraient avoir pour objectif de négocier un “atterrissage en douceur” pour la Russie, à mesure que celle-ci régresse vers son statut amoindri de puissance moyenne parmi d’autres sur le continent eurasiatique. La différence avec la Russie, bien sûr, est son stock résiduel d’armes nucléaires stratégiques, à peu près le seul atout qu’elle détienne encore.

    La stratégie des États-unis vis-à-vis de la Russie doit posséder des éléments économiques, diplomatiques et militaires dans des proportions presque égales.
    Pour prévenir d’autres aventures irrédentistes dirigées par Moscou contre les anciennes républiques de l’Union soviétique, nous devons bâtir un cordon d’états forts, indépendants et démocratiques le long de la frontière russe. Cela implique de fournir à ces états –l’Ukraine, la Pologne, la Géorgie, la Bulgarie et les pays baltes, toute l’aide économique et militaire nécessaire pour assurer la stabilité politique et la sécurité militaire.
    On pourra renforcer encore cette sécurité en accélérant l’entrée dans l’OTAN pour les États qui la souhaitent et qui n’ont toujours pas été admis. La Russie se plaindra certainement qu’elle est encerclée par des puissances hostiles, mais c’est uniquement dans ses illusions les plus paranoïaques que celle-ci peut s’imaginer que l’OTAN représenterait une menace d’agression. En tous cas la Russie l’aura voulu, avec son comportement irresponsable.

    La Russie peut toujours exercer une influence économique sur l’Europe de l’Est par son contrôle sur les oléoducs et les gazoducs, ce qui rend de ce fait impératif de compléter les circuits de distribution parallèles qui contournent le territoire de la Russie, et qui ne peuvent pas être entravés par des actions militaires des Russes (ou de leurs marionnettes).

    Étant donné que la prospérité de la Russie (et de ce fait sa capacité à entretenir des opérations militaires au-delà de ses frontière) est tellement dépendante des rentes de son secteur d’extraction, les États-unis et leurs alliés doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faire descendre le prix du pétrole et du gaz naturel.
    Déjà, avec un prix du pétrole de 20 % plus bas que ses sommets du début de l’été, la Russie doit forcément ressentir une gêne dans sa trésorerie. Si l’on peut réduire le prix du pétrole au-dessous de 100 dollars le baril, la Russie aura quelques décisions sérieuses à prendre à la fois pour ses politiques économique et étrangère : continuera-t-elle à s’en remettre à la gestion étatique dans le premier cas et à l’intransigeance dans le second, ou tentera-t-elle de devenir un membre plus responsable de la communauté internationale ?
    C’est pourquoi l’exploration de nouvelles sources de pétrole et de gaz, une production accrue des sources existantes, et les investissements dans la conservation et les techniques énergétiques de remplacement doivent être poussées non pour d’amorphes raisons écologiques mais pour des raisons stratégiques bien pragmatiques : le pétrole est une arme, et nous devons empêcher au maximum nos adversaires de s’en servir.

    Enfin, une pierre d’angle de la stratégie des États-unis doit être une politique du “rien n’est gratuit” –-on ne doit laisser les Russes commettre aucun acte d’agression sans qu’il ait pour elles des conséquences réelles et graves.
    Les résolutions et les sanctions édentées ne pourront plus suffire. Partout où la Russie attaque l’Occident, mené par les États-unis, doit riposter. C’est seulement comme cela qu’on empêchera de nouvelles agressions.
    C’est pourquoi j’ai proposé que l’on fournisse aux Géorgiens les moyens de mener une guerre populaire contre les Russes jusqu’à ce qu’ils abandonnent le territoire souverain de la République de Géorgie –y compris l’Abkhazie et l’Ossétie.
    De nombreux critiques de cette proposition semblent penser que nous risquerions une riposte terrible de la part des Russes, la brinquebalante armée russe leur fait peur.
    En réalité, ladite armée russe craquera à la première occasion, et ses menaces militaires sont fondamentalement vaines si ce n’est contre les plus faibles de ses adversaires.
    Nous ne devons pas nous laisser intimider par les rodomontades de la Russie.
    La position russe sous le Putainisme est un énorme bluff, une martingale désespérée de la part d’un gouvernement qui se sent glisser vers l’insignifiance internationale pour s’accrocher aussi longtemps que possible à une place sur la scène mondiale.
    Il est temps pour nous d’exposer ce bluff, et d’arrêter ce jeu-là une bonne fois pour toutes.

    Stuart Koehl est un collaborateur fréquent du WEEKLY STANDARD Online.

  13. Sebaneau août 20, 2008 @ 8:14

    http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_278ckbhjffk
    http://pasta.cantbedone.org/pages/ciEQCu.htm
    http://www.weeklystandard.com/Check.asp?idArticle=15410&r=pebgo
    Faire souffrir l’agresseur
    Par Stuart Koehl, Weekly Standard, 14 août 2008

    Voir aussi : La Russie : un tigre de papier http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_277hk89gmd2

    L’opinion reçue s’est rapidement consolidée autour de l’idée comme quoi il n’existerait aucune riposte militaire pratique à l’invasion russe de la Géorgie. En fait, si les Géorgiens étaient disposés à se battre, il y a énormément de choses qu’ils pourraient entreprendre du point de vue militaire, et d’une manière qui ne mettrait pas directement en oeuvre les forces des États-unis et de l’OTAN. Pour comprendre comment fonctionnerait cette option militaire, il faut un peu mettre les choses en perspective.

    La plupart des gens ont grossièrement exagéré la capacité militaire et l’efficacité de l’armée russe dans cet exercice, évidemment planifié depuis longtemps et impliquant en fait des forces relativement peu nombreuses. D’après tous les rapports, la “58° armée” russe a envahi le territoire de la Géorgie avec quelques 500 chars et un nombre égal de Véhicules de Combat d’Infanterie –l’équivalent d’à peu près deux divisions blindées. C’est de la petite bière, en réalité, mais suffisant pour traiter une armée géorgienne plus petite, largement dispersée pour mener des opérations de contre-guérilla.

    Un examen approfondi des vidéos et des photos de la force russe révèle aussi de l’équipement de pointe –des chars récents T-80 and T-90, et des VCI BMP-2. Or, le District Militaire du Caucase est une espèce de trou perdu, où logent des divisions de Catégories II et III, dont la plupart restent en sous-capacité et sont équipées d’anciens systèmes tels que le char T-72. En revanche, on garde les divisions de Catégorie I proches de Moscou et des districts militaires de l’Ouest, parce que c’est là que l’on perçoit la menace principale, et aussi parce que c’est un bien meilleur terrain pour les batailles de chars.
    Il est évident que l’armée russe a soigneusement transféré les forces pour cette opération de Russie centrale jusqu’au Caucase –en secret—et qu’elle a aussi accompagné cette manoeuvre d’une maskirovka complète destinée à nous mettre à l’aise (par exemple, Putin est bien allé à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques).

    Nous pouvions déduire de cela ce que savent déjà la plupart des experts –que l’armée russe, quoique toujours numériquement importante, a relativement peu de formations compétentes, que l’on peut déployer –il y a les divisions et les brigades d’assaut aéroportées, et quelques divisions de chars et d’infanterie motorisée, mais pas grand-chose d’autre.
    De même, l’armée de l’air russe n’a pas beaucoup d’avions complètement opérationnels ni de grandes réserves de carburant, de pièce de rechange ou de munition. Cette invasion a probablement profondément entamé le financement des opérations et de l’entretien, pour ne rien dire de ses réserves en matériel et en équipement.
    La Russie doit avoir parié sur une guerre courte et relativement peu sanglante, parce qu’elle ne peut pas se permettre –ni militairement ni politiquement— une guerre prolongée. Non seulement elle n’a pas l’équipement pour cela, mais elle n’a pas assez de troupes hautement entraînées pour supporter des pertes importantes. L’armée russe consiste en une petite pointe dure comme du diamant au bout d’un bâton de bois. Si la pointe se casse ou s’use, il ne vous reste plus que le bâton pour vous battre.
    (Il faut remarquer que Ralph Peters, dans le New York Post a fait une critique impitoyable de l’efficacité de l’armée russe en Géorgie, de sorte que, d’après les critères occidentaux, même ce que l’armée russe a de mieux serait considéré comme plutôt médiocre).

    Et la question est donc de savoir comment l’épuiser. La Géorgie est un pays montagneux, avec peu de routes et beaucoup de goulots d’étranglement. Une guérilla à pied ou une force d’infanterie légère, peut arrêter une force blindée forcée de rester sur les routes, et lui infliger des pertes disproportionnées, si on l’équipe et la dirige convenablement.
    Malheureusement, à cette occasion-ci, l’armée géorgienne n’était ni l’un ni l’autre. Au lieu de cela, elle était entraînée et équipée pour mener la guerre à laquelle elle avait eu affaire –une insurrection menée par des irréguliers séparatistes, qui nécessitait principalement de l’infanterie et des armes légères. Face à des chars, et à des avions et des hélicoptères d’attaque, les forces géorgiennes n’avaient guère d’autre choix que de décamper.

    S’étant retirées d’Ossétie et d’Abkhazie, les Géorgiens peuvent maintenant se regrouper et se rééquiper. Il y a deux choses dont ils ont désespérément besoin : des armes pour tuer les chars, et des armes pour abattre, ou repousser les avions et les hélicoptères.

    Nous pouvons leur fournir les unes et les autres.

    Le missile Stinger, la hantise de l’Aviation de Front en Afghanistan, demeure l’arme d’épaule la plus puissante. Il forcera les avions russes d’appui aérien à garder leurs distances, ou à attaquer de plus haut. Fournissons à la Géorgie des missiles sol-air à moyenne portée qui peuvent être placés sur le territoire géorgien, et les avions d’attaque à haute altitude seront d’autant plus dissuadés (par exemple les Tu-22M Backfire ).

    Libérés de l’observation aérienne et de la menace d’attaque venue du ciel, les forces géorgiennes pourraient manoeuvrer à pied dans les montagnes plus facilement que les forces russes ne peuvent se déplacer le long des routes.
    Ce qui veut dire que les Géorgiens seraient libres de monter des embuscades pour bloquer les avances ultérieures des Russes et leurs lignes de communication.

    Nous pouvons leur donner de quoi le faire.

    Tout d’abord, nous devons donner aux Géorgiens des mines antichars, et pas n’importe lesquelles, mais nos miles “intelligentes” placées en-dehors des routes telles que la XM93 Wide Area Mine (WAM). On n’a pas besoin de les placer sur la route même, mais à proximité et leurs détecteurs peuvent sentir l’approche des véhicules blindés et leur envoyer des engins explosifs perforants (RFP).

    Deuxièmement, nous devons leur donner notre meilleur missile guidé antichars, le FGM-148 Javelin. C’est une arme “tire et oublie” : une fois que le tireur a placé la cible dans son viseur et l’a accrochée, il peut tirer le missile et s’en aller, tandis que le missile vole de façon autonome vers son objectif. Avec une portée d’environ deux kilomètres, le Javelin pratique aussi une “attaque par le haut”, piquant vers le toit du char là où le blindage est le plus mince. Utilisés dans l’Opération Iraqi Freedom, les Javelins ont eu un effet dévastateur sur les chars de conception russe. Et démolir quelques chars ou véhicules blindés sur une étroite route de montagne oppose une barrière au mouvement derrière laquelle toute la circulation s’empile, immobile et d’autant plus vulnérable aux attaques.

    La plupart de cette circulation sera constituée de camions et autres véhicules “mous”. C’est un gaspillage que de s’en prendre à eux avec des missiles coûteux, mais des mortiers bon marché marchent très bien.
    Il vaudrait encore mieux avoir des fusils de précision à longue portée, comme le Barrett de 12.7mm (calibre .50), très apprécié des forces spéciales des États-unis.
    Les Forces Spéciales géorgiennes passent pour être bien entraînées et hautement motivées. Elles le seraient probablement d’autant plus qu’elles combattraient les Russes sur leur propre sol qu’en combattant al-Qaïda là-bas en Irak.

    Alors très vite, les forces russes commenceront à subir des pertes sérieuses. Il leur faudra introduire davantage de troupes pour protéger leurs lignes de communication. Il leur faudra descendre de leurs transports de troupes et grimper sur les montagnes, où ils se feront encore descendre par un ennemi agile et fuyant. Ils ne peuvent même pas s’en remettre à leur bonne vieille tactique du massacre de la population locale du moins en Ossétie et en Abkhazie, puisqu’ils en ont fait des “citoyens russes”, le gouvernement russe leur ayant distribué des passeports (ils ont fait plus fort que Hitler : parce qu’il y avait réellement des Allemands sur le territoire des Sudètes, tandis que Putin a dû inventer de toutes pièces sa “minorité russe opprimée” en Géorgie).

    A mesure que les forces russes commenceront à saigner, il deviendra impossible, même dans les médias sous contrôle de la Russie de Putin, de cacher les pertes au peuple de Russie. Ils y répondront probablement comme ils l’ont fait au carnage d’Afghanistan comme à celui de Tchétchénie.
    Bien pire pour le gouvernement de Russie, une guerre prolongée et sanglante nécessitera un accroissement massif du budget militaire russe, réduit au minimum pendant la plus grande partie de l’ère Putin. Cela voudrait dire de faire des choix douloureux entre l’armée et d’autres priorités, juste au moment où les prix du pétrole ont commencé à baisser, amputant les recettes de l’État russe. En outre, les militaires russes commenceront à s’inquiéter de voir compromis leur plan de réorganisation : comme les militaires Américains l’ont récemment découvert, vous pouvez mener une guerre, ou vous pouvez vous réformer, mais il est presque impossible de faire les deux en même temps. La guerre va mordre dans les budgets déjà minces pour l’entraînement, l’équipement, la recherche et le développement, de sorte que l’État-major russe va hurler à son tour.

    Alors, que fera la Russie dans une telle circonstance ? Ils pourraient faire monter les enchères, mais ils pourraient préférer un retrait qui sauve la face, laissant l’Ossétie et l’Abkhazie à une force internationale de maintien de la paix, et laissant le territoire géorgien libre de troupes russes. La Géorgie devrait alors négocier sa propre paix avec les séparatistes, mais avec un tampon entre celle-ci et l’armée russe, les Géorgiens pourraient avoir une plus grande influence sur leurs minorités intransigeantes.

    Deux choses sont nécessaires pour que cela arrive : de la part des États-unis, la volonté politique de fournir à l’armée géorgienne l’équipement et la formation nécessaires (nos Forces Spéciales ont déjà une relation étroite avec l’armée de Géorgie), et, plus important, une volonté politique de la part du gouvernement géorgien de continuer le combat jusqu’à ce que les Russes aient quitté leur sol.
    Il est difficile de dire si les Géorgiens seraient prêts à mener ce qui serait une guerre longue et difficile ; cela dépend certainement dans une large mesure de la question de savoir s’ils nous pensent prêts à les soutenir jusqu’au bout. Les guérillas sont toujours de sales guerres, et en l’absence de soutien extérieur, ce sont le plus souvent les guérilleros qui perdent. Mais il est prématuré, et plus qu’un peu défaitiste, d’écarter les chances que les Géorgiens ont de bourrer le pif de l’ours russe ressorti de sa tanière.

    Stuart Koehl écrit souvent dans le WEEKLY STANDARD Online.

    (MOD : publication néoconservatrice)

  14. Claurila août 20, 2008 @ 19:04

    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/08/20/pusillanimite-occidentale-face-a-la-russie-par-francoise-thom_1085832_3232.html
    Point de vue
    Pusillanimité occidentale face à la Russie
    par Françoise Thom, Le Monde, 20 août 2008

    L’invasion de la Géorgie par la Russie a révélé la démoralisation profonde dans laquelle se trouvent les Occidentaux. C’est d’ailleurs la conscience de cette démoralisation qui a enhardi Moscou et a poussé les dirigeants du Kremlin à agir avec un total mépris de la communauté internationale.

    Or les nuages qui s’amoncellent sur la scène internationale laissent présager que bientôt nous pouvons être acculés à l’action, à moins d’accepter une vassalisation complète, au moins pour ce qui nous concerne, nous autres Européens. Quoi qu’il nous en coûte, nous allons devoir sortir du cocon politiquement correct dans lequel nous avons vécu tant d’années, retrouver la lucidité et le courage dont les générations post-soixante-huitardes croyaient pouvoir faire l’économie à jamais. Nous devons cesser d’être pleutres, et pour cela nous avons d’abord besoin d’appliquer une claire intelligence aux événements qui nous ont mis KO. Car le doute et la confusion nous paralysent.

    L’une des causes de ce désarroi doit être cherchée dans la guerre psychologique que Moscou mène contre les Occidentaux depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’”il ne fallait pas humilier la Russie”. Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ?

    La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l’OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons organisé l’indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l’automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l’européenne, - et cela, dès cette époque, au nom d’un renouveau impérial.

    Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes” et du “droit du peuple allemand à l’autodétermination”, est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées.

    Aussi devons-nous avant tout nous débarrasser de cette culpabilité débilitante, à tous les sens du terme. Nous devons nous rappeler comment Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir, par la provocation et une guerre menée contre des citoyens de la Russie. Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche.

    La Russie que nous voyons agir aujourd’hui en Géorgie atteste du succès de cette entreprise de création d’un homme nouveau qui n’a rien à envier à son précédent bolchevik. C’est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu’à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu’elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une “sphère d’influence”, pour la “rassurer, apaiser” son complexe d’encerclement (c’est par les mêmes arguments que les Anglo-Saxons ont justifié l’abandon de la Pologne à Staline en 1944-1945).

    A ceux-là il faut rappeler que, une semaine avant de lancer l’opération d’annexion de la Géorgie, la Russie avait discrètement cédé à la Chine les territoires contestés qui avaient failli mener à une guerre entre les deux pays en 1969. Et dans ce cas les patriotes russes de service, toujours prêts à revendiquer les terres des pays voisins, sont restés muets La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s’orientent vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle se prétend encerclée par l’OTAN et ne se soucie nullement d’une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa “sphère d’influence”. Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive - et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes.

    Tant que demeurera une Europe indépendante alliée aux Etats-Unis, la Russie se sentira encerclée. La réalisation des prétendus intérêts de sécurité russes passe par l’asservissement par cercles successifs de tous ses voisins occidentaux et méridionaux. Le plus tôt nous verrons clair dans cette logique paranoïaque de Moscou, le plus tôt nous pourrons imaginer des remèdes. Mais encourager le malade dans sa folie ne sert à rien. Et croire qu’il guérira sans une épreuve de réalité est illusoire.

    Françoise Thom, historienne, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-IV-Sorbonne

  15. Claurila août 22, 2008 @ 2:10

    http://www.lefigaro.fr/international/2008/08/22/01003-20080822ARTFIG00008-mikhail-saakachvili-moscou-a-decide-de-se-mesurer-a-l-otan-.php
    Mikheïl Saakachvili : « Moscou a décidé de se mesurer à l’Otan »
    Adrien Jaulmes, Propos recueillis à Tbilissi le 21/08/2008

    « L’Ossétie du Sud n’est qu’un camp militaire russe destiné à contrôler la Géorgie », affirme le président géorgien.
    Le président géorgien explique au « Figaro » pourquoi la communauté internationale ne devrait pas faire confiance aux promesses du Kremlin.

    LE FIGARO. Qu’attendez-vous de l’Union européenne et des États-Unis ?
    Mikhaïl SAAKACHVILI. Ils doivent faire sortir la Russie du territoire géorgien. Le gouvernement russe actuel n’est pas communiste ou stalinien. Ce sont plutôt des gens intéressés par l’argent. Ils inscrivent leurs enfants dans les écoles occidentales, ils vont passer leurs vacances en Occident. Ils ont donc tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec l’Ouest. Mais ils sont aussi très cyniques vis-à-vis de cet Occident qu’ils aiment tant. Ils pensent qu’ils peuvent manipuler à leur guise les Européens. Poutine a proféré à plusieurs reprises des menaces contre la Géorgie en nous disant :

    « Vous croyez que vos amis occidentaux vont venir se battre dans le Caucase ? »

    Pensez-vous que la crise géorgienne marque le début d’une nouvelle guerre froide entre l’Est et l’Ouest ?
    Non, la Russie n’est pas capable de mener une guerre mondiale. Mais envoyer des troupes contre un petit pays comme la Géorgie, ça, oui, elle en est capable. Les Russes ont décidé de se mesurer à l’Otan sans tirer un seul coup de feu. J’ai averti les Occidentaux à plusieurs reprises, mais ils ne m’ont pas cru. Je ne les en blâme pas : il est difficile à un Occidental de comprendre une attitude aussi brutale.

    Ne pensez-vous pas avoir fait preuve d’imprudence au début de cette crise ?
    Nous n’avions pas d’autre choix que d’intervenir. Les Russes avaient mobilisé les irréguliers ossètes. Ils avaient massé des troupes en Ossétie du Nord. Ils avaient remplacé les gardes frontières ossètes par leurs propres soldats à l’entrée du tunnel de Roki. Nous avons prévenu les Américains que quelque chose se préparait pour qu’ils disent aux Russes d’arrêter. Et les Russes ont jugé que le mois d’août, en pleine campagne électorale américaine, d’un côté, et pendant les Jeux olympiques, de l’autre, était la meilleure période pour agir. Ils ne nous ont pas laissé le choix.

    Pourquoi avez-vous critiqué le cessez-le-feu ?
    Parce que le cessez-le-feu est ambigu et obscur. Kouchner est allé à Moscou avec un plan en quatre points. Lors de la rencontre entre Medvedev et Sarkozy, les Russes en ont rajouté deux autres qui leur ont donné une marge de manœuvre pour agir à leur guise sur le terrain. Le résultat en est qu’il faut à présent nous en remettre à la seule bonne volonté de la Russie. Les seules forces sur le terrain sont celles des Russes. Nous ne pouvons rien faire d’autre que des déclarations.

    Les Français ont-ils commis une erreur ?
    Non, mais ils ont cru que les Russes pensaient ce qu’ils disaient. Ce qui est loin d’être le cas. Les Français étaient de bonne foi, mais ils n’ont pas réalisé que les Russes ne respectaient rien sans une menace derrière. Ils ont un sentiment d’impunité. Pourquoi respecteraient-ils l’accord ? Rien ne les y oblige.

    Êtes-vous en faveur de sanctions ?
    Le plus important est de ne pas faire de compromis. Si on laisse faire ce régime, ils ne s’arrêteront pas là. Il faut faire en sorte que les Russes ne s’en sortent pas comme ça. Sinon ils penseront qu’ils peuvent agir à leur guise et établir de nouvelles règles du jeu. Leurs provocations au cours des dernières années n’ont jamais été sanctionnées. On m’a même décrit comme un paranoïaque lorsque je les dénonçais. C’est cette absence de réaction qui a laissé croire aux Russes qu’ils avaient toute latitude pour agir.

    N’auriez-vous pas pu parvenir à un accord avec l’Ossétie ?
    Le gouvernement d’Ossétie du Sud est à 90 % russe. Le ministre de la Défense ossète était un général russe. Je crois en une Géorgie multiethnique. Mais les Russes s’en fichent. Nous leur avons tout offert, l’autonomie la plus grande. Mais rien n’y a fait. L’Ossétie du Sud n’est qu’un camp militaire russe destiné à contrôler la Géorgie. Négocier avec des séparatistes locaux est possible, mais négocier avec le FSB est au-dessus de nos forces. Poutine est en train d’agir de la même façon en Ukraine, il distribue des passeports russes à des habitants de la Crimée. Il pourra ensuite intervenir en prétextant qu’il ne cherche qu’à protéger ces citoyens.

  16. Sebaneau août 23, 2008 @ 2:36

    http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_287fc32zxc3
    http://pasta.cantbedone.org/pages/2wqzi2.htm
    http://www.menapress.com/article.php?sid=2133
    Encore sous le choc !
    Par Stéphane Juffa, Metula News Agency info # 012108/8, 21 août 2008

    Face à un ours russe renaissant de ses cendres, nombreux sont les électeurs américains préférant voir un président réaliste et non un messie à la Maison Blanche

    Etrange mois d’août 2008. On s’en souviendra longtemps. Les analystes officiels au service des Etats n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles : la Russie impérialiste est ressuscitée d’un seul coup ; elle est sortie de la naphtaline comme on l’y avait laissée voici vingt ans. Agressive, hargneuse, barbare, hypnotisée par l’usage de la force, dédaignant les accords internationaux dès l’instant même où elle les signe, se fichant du qu’en-dira-t-on et du point de vue de l’Union Européenne comme de sa dernière paire de chaussettes
    [mais non, elle ment impudemment, et mobilise pour mentir à sa suite tous les cloportes à sa solde : ça prouve bien qu'elle se soucie de l'opinion].

    Certes, l’invasion de la Géorgie est une chose grave, mais ce qui me semble encore plus significatif, c’est que Moscou est disposée à perdre les avantages de son intégration diplomatique et économique au sein des instances qui dirigent effectivement la planète, plutôt que renoncer à sa doctrine de Reconquista.

    C’est l’endroit de préciser que l’Occident, pris par surprise, était tout disposé à considérer la Guerre de Géorgie comme un conflit frontalier. Qu’il suffisait à Poutine de retirer ses troupes, après sa démonstration de force, pour que l’ordre nouveau ne soit pas chamboulé.
    Même avec les chars de la 58ème armée à trente kilomètres de Tbilissi, les Etats-Unis et l’Europe étaient prêts à passer l’éponge pour assurer la paix du monde. En d’autres termes, ils étaient prêts à sacrifier l’intégrité géographique de la petite république caucasienne afin de préserver leurs relations avec Moscou.
    On n’allait pas revenir à la Guerre froide pour l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie et pour les promesses faites à Saakashvili. On était disposé à les laisser tomber, de la même manière que l’on a livré les pro-Occidentaux libanais, pieds et poings liés, ce printemps, à la Syrie et à l’Iran.
    En cette période de transitions politiques et sur fond de crise de l’énergie, annonçant, presque partout, des lendemains économiques qui déchantent, l’Ouest était enclin à accepter de manger de nombreuses couleuvres pour préserver, ne seraient-ce que les faux-semblants du statut quo ante.

    L’étendue du problème n’est apparue qu’après l’entrée des chars russes en Géorgie. En refusant de se contenter d’avaler l’Ossétie et l’Abkhazie, tout en rapatriant ses soldats, c’est Moscou qui, dans les faits, a transformé ce conflit, de guerre frontalière en confrontation globale. Ce sont les maîtres du Kremlin qui font le choix extrême de la déstabilisation des rapports avec l’Ouest, prenant ainsi une seconde initiative, plus lourde de conséquence que l’opération militaire en terrain limitrophe.
    Car désormais, mis au pied du mur, sommé de réagir aux menaces de Poutine, l’Occident est condamné à se raidir. De façon diplomatique, d’abord, en éloignant Moscou du G-9 et en gelant le forum de discussion OTAN-Russie, mais aussi, en dépoussiérant l’arsenal nucléaire, dont les stratèges officiels étaient absolument certains qu’il ne servirait plus jamais à établir un équilibre de la terreur avec les rejetons de l’ex-Union Soviétique.

    Le mot d’ordre, dans les capitales du vieux continent et sur les rives du Potomac consiste désormais à contenir l’appétit néo-impérialiste des néo-tchékistes de la Douma.
    On voudrait les dissuader de s’embarquer dans de nouvelles aventures militaires, en montrant nos biceps et en faisant valoir notre suprématie technologique. Ce, après que les appels à la raison et le rappel des intérêts communs qui existaient dans l’intégration d’une Russie civilisée au programme de gestion consensuel de la planète eurent laissé de glace les interlocuteurs des bords de la Volga.
    Désormais, il faudrait que Moscou “comprenne” par la dissuasion qu’elle n’a pas intérêt à tenter de reprendre par la force ses anciens satellites et ses colonies passées. Ce qui serait effectivement une catastrophe pour la paix du monde, surtout lorsque l’on constate que de nombreux Etats de l’Europe de l’Est font aujourd’hui partie intégrante de l’Europe tout court, avec tout ce que cela comporte en matière protection de leur intégrité.

    Montrer ses biceps, c’est précisément ce qu’a fait Washington en signant précipitamment avec Varsovie l’accord – que l’on négociait péniblement depuis un an et demi – qui permettra de déployer dix missiles anti-missiles sur le territoire polonais, à moins de deux cents kilomètres de la frontière russe.
    Pour débloquer la discussion, Condoleezza Rice a pratiquement accepté la totalité des exigences annexes que posaient les Polonais et que les USA rejetaient jusqu’à la semaine dernière. Il s’agit principalement de fourniture d’équipements de guerre classique, parmi lesquels la livraison de batteries de missiles antiaériens Patriot.

    La première réaction russe ne s’est pas fait attendre, elle fut extrême, le no.2 de leur armée n’hésitant pas un instant à menacer Varsovie de “riposte” nucléaire.
    Quant aux autres contre-mesures de Moscou, elles s’annoncent douloureuses, Poutine ne semblant nullement impressionné par les poses culturistes de Mademoiselle Rice. En plus de la mise en chantier d’une dizaine de porte-avions géants - qui était déjà décidée avant l’affaire géorgienne, ce qui démontre aux plus perplexes que nous nous situons dans une dynamique politique préméditée et que l’agression contre Tbilissi n’en est qu’une péripétie, le nouveau Tsar entend appuyer son doigt sur les endroits qui font le plus mal aux Occidentaux.
    Réarmer Cuba, y disposer à nouveau des missiles stratégiques dans l’arrière-cour de l’Amérique, au risque de provoquer une crise majeure, comme celle qu’eut à gérer, en 1962, un certain John F. Kennedy.

    Et puis, beaucoup plus près de nous, Poutine envisage d’établi r une méga-base stratégique russe en Syrie. Qui comprendrait un port pour ses navires, un aéroport pour ses avions, et un nid de missiles nucléaires, sous notre nez et à quelques encablures des camps des forces alliées en Irak.
    Je ne parle pas d’un projet en l’air, puisque Ehoud Olmert a appelé Poutine, il y a deux jours, pour s’en entretenir longuement, et que Béchar Al Assad se trouve aujourd’hui à Moscou pour en parler.
    En matière stratégique, la construction d’une base russe de ce type sur son territoire lui conférerait pratiquement l’immunité militaire défensive et assurerait la pérennité de sa dictature. Du moins, jusqu’à ce que les Tsars ne décident de se passer définitivement des services de la dynastie Al Assad.
    Nul doute que la perspective d’une présence stratégique russe constante en Syrie est plus tentante, pour l’héritier de Hafez, que le strapontin que Nicolas Sarkozy lui avait tendu pour assister au défilé du 14 juillet.
    Pour Israël, la résurrection de la Russie en tant que grande puissance, aux côtés des ex-alliés traditionnels de l’URSS, pourrait avoir des conséquences cataclysmiques.
    L’équilibre régional des terreurs joue nettement en notre défaveur. La menace iranienne y perd sa centralité internationale et c’est à peine si les media du monde ont repris les propos tenus hier par Ahmadinejad, selon lesquels nous serions “des bacilles corrupteurs, qu’on allait bientôt éliminer”.

    Et comme les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules, les scientifiques et l’état-major de l’Etat hébreu demeurent stupéfiés par l’essai – même manqué – de la mise sur orbite, dimanche dernier, d’un satellite par un Shihab-5 iranien. On ne voyait pas les Iraniens aussi avancés.
    Jérusalem, dans le désarroi général qui suit la crispation russe, se voit réintégré dans le rôle de tête de pont régionale de l’Occident, qu’elle a déjà occupé durant les années 50 et 60. Personne, hors de Judée, ne paraît saisir que le Shihab-5, d’une portée de 7 000 kilomètres, ne participe pas d’une menace pour Israël — qui se trouve à 1 000km de la Perse – mais contre l’Europe et les Etats-Unis.

  17. Sebaneau août 26, 2008 @ 10:30

    Pour mettre fin aux mensonges et aux prétextes à une agression qui dure en fait depuis 15 ans :

    http://docs.google.com/Edit?id=dc2m8p62_295m9bn7pd5
    L’indépendance du Kosovo ne viole en rien le Droit international

    La Résolution 1244 du Conseil de Sécurité n’interdit pas l’indépendance du Kosovo et n’aurait pas pu le faire

    La Résolution 1244 n’a jamais reconnu l’appartenance du Kosovo à la Serbie, bien au contraire

    Tout d’abord, c’est de la soi-disant “République fédérale de Yougoslavie” et non de la Serbie, qui n’était pas sujet de Droit international, que celle-ci, dans son préambule, “reconnaît l’intégrité territoriale”.

    Et elle ne mentionne la Serbie qu’une seule fois –une seule– dans une phrase qui laisse clairement entendre qu’il s’agit d’un territoire distinct du Kosovo :

    “Procédures concernant les retraits, y compris un calendrier détaillé et échelonné et la délimitation d’une zone tampon en Serbie au-delà de laquelle les forces se retireront”

    Il est donc clair que, si la Résolution 1244 exprime une opinion quelconque sur l’appartenance ou non du Kosovo à la Serbie, cette opinion est que le Kosovo n’est PAS en Serbie.

    Il est vrai qu’à partir de juin 2006, avec l’indépendance du Monténégro, la résolution 1244 s’appliquait à la Serbie en tant qu’État successeur de la soi-disant “RFY” mais, la Serbie étant un territoire différent de cette soi-disant “RFY”, il est LOGIQUEMENT impossible que l’”intégrité territoriale” à laquelle se réfère le préambule de la 1244 soit la sienne.
    Les dispositions de la Résolution 1244 qui demeuraient applicables concernaient donc l’administration internationale du Kosovo, mais ne peuvent pas concerner l”intégrité territoriale’ de la Serbie.

    Il existe de soi-disant “spécialistes” du Droit international qui prétendent que ce ne serait pas vrai, et que l’”intégrité territoriale” de la soi-disant “République fédérale de Yougoslavie” voudrait dire celle de la Serbie, c’est-à-dire que le tout serait identique à l’une de ses sous-parties, mais il n’existe nulle part aucun raisonnement –et ils n’en ont pas fourni– qui pourrait passer pour juridique et qui pourrait expliquer le pourquoi de cette conclusion qui va si évidemment à l’encontre des lois de la logique.

    La raison pour laquelle personne ne songe s’être soucié d’expliquer cette contradiction est probablement que de toutes façons, la Résolution 1244 n’interdisait nullement au Kosovo de déclarer ultérieurement son indépendance.

    Nulle part la Résolution 1244 n’interdisait au Kosovo de déclarer son indépendance comme il l’a fait le 17 février 2008, ni aux autres États de la reconnaître, et elle n’aurait pas pu le faire

    La “reconnaissance” de la soi-disant “République Fédérale de Yougoslavie” par la Résolution 1244 était instantanée et PROVISOIRE, et en Droit elle ne pouvait être QUE provisoire.

    Elle était provisoire parce que :

    - ‘elle renvoyait à un “processus politique” pour déterminer ultérieurement le “statut final”, sans exclure en aucune manière que ce statut final puisse être l’indépendance, et qu’elle

    - ne prévoyait nullement qu’une résolution ultérieure du Conseil de Sécurité fût nécessaire pour approuver ce statut final.

    Et elle ne pouvait être QUE provisoire, elle n’aurait pas pu en disposer autrement, parce que

    - le Droit international affirme expressément que les colonies ont le Droit de se déclarer indépendantes que le colonisateur soit d’accord ou non, et que

    - la décision de reconnaître un Etat indépendant a toujours été en Droit international une prérogative souveraine des Etats.

    On trouve entre autres les dispositions du Droit international relatives à la décolonisation parmi les arguments centraux du débats d’experts en Droit International public à propos du référendum raté sur l’indépendance du Québec, comme chacun sait inventeur de la notion de “souverainisme”.

    Il est donc faux de dire que l’indépendance du Kosovo violerait le Droit international comme le fait l’invasion par l’armée russe de la Géorgie souveraine et internationalement reconnue.

    L’indépendance du Kosovo est un cas ordinaire de décolonisation

    L’indépendance du Kosovo est un simple cas de décolonisation, comme au XIX° siècle l’indépendance de la Serbie vis-à-vis de l’Empire ottoman en était un aussi.

    L’opinion de son peuple suffit à le prouver

    C’est ainsi que l’entend 90 % de sa population et il se trouve qu’en l’espèce, cette opinion est logiquement suffisante pour prouver ce fait.
    Prétendre au contraire que l’opinion de ces 90 % de Kosovars ne pourrait pas être vraie, qu’elle serait forcément irrecevable sous prétexte qu’ils sont albanais ce serait du polylogisme racial tel que “théorisé” par le “penseur” du socialisme national allemand Lothar Gottlieb Tirala.
    Et de la part de la clique dirigeante de Belgrade, avec ses dupes et de ses complices, un tel racisme prouverait qu’ils ne sont toujours pas acquis à la démocratie, et confirmerait seulement que celle-ci n’est pas digne d’exercer une souveraineté quelconque sur ce peuple.

    Le Kosovo a été traité comme une colonie jusqu’à son indépendance

    Et le Kosovo n’était pas seulement une colonie parce que c’est ainsi que le perçoit sa population indigène : c’était aussi une colonie parce qu’en octobre 1912, lorsque la soldatesque serbe et monténégrine l’a envahi pour la première fois, les indigènes albanais y étaient majoritaires aux deux tiers : c’était donc une colonie parce qu’il était un territoire conquis, par une puissance culturellement étrangère à la majorité de son peuple laquelle, en décembre, à la Conférence des Ambassadeurs de Londres, le revendiquait néanmoins au nom de sa “civilisation supérieure” –”civilisation supérieure” qu’elle illustrait en massacrant ses indigènes, au minimum 20 000 en deux ans.

    Le Kosovo était aussi une colonie parce que les gouvernements serbes successifs qui en ont eu le pouvoir n’ont cessé de vouloir y installer des colons serbes sur des terres volées à ses indigènes albanais.

    Ensuite, le Kosovo était une colonie parce qu’il l’était au regard de la loi : il a été soumis à un régime policier d’exception au droit commun yougoslave de 1945 à 1966, puis de 1981 à 1999, la police et l’armée suspendant par la force, puis prétendant abolir, en toute illégalité, son statut constitutionnel de quasi-république à partir de mars 1989 ; ensuite, de 1999 à la déclaration d’indépendance de février 2008, il était une colonie de la “communauté internationale”.

    Et en 1913, c’est expressément que les dirigeants politiques de Belgrade avaient refusé d’y appliquer le droit commun de la Serbie en annexant à l’état serbe les territoires conquis lors des guerres balkaniques conformément à l’art. 2 de la Constitution de 1903, sous prétexte que leur population n’était “pas mûre” : en fait parce qu’elle n’était pas serbe, mais à 80 % albanaise et bulgare.

    C’est entre autres pour cela que, malgré ses invasions et occupations successives par la Serbie au XX° siècle, le Kosovo n’a jamais légalement partie d’une Serbie souveraine :

    - il ne lui appartenait pas lorsqu’elle s’est fondue en décembre 1918 dans l’Etat des Serbes, des Croates et des Slovènes et,

    - lorsque la Serbie est devenue indépendante en 2006, le Kosovo avait déjà, en octobre 1991, proclamé son indépendance en cas de dissolution de la Fédération yougoslave, conformément aux dispositions correspondantes de la Constitution du 21 février 1974 alors en vigueur, au même titre et de la même manière que la Slovénie et la Croatie, dont l’indépendance est reconnue depuis seize ans.

    Et c’est la dernière raison pour laquelle l’indépendance du Kosovo est un cas de décolonisation : parce qu’il avait été annexé de force à la soi-disant “République Fédérale de Yougoslavie” créée en avril 1992, alors qu’en vertu de la légalité yougoslave immédiatement antérieure, il était indépendant.

    La seule source de “Droit” qui permettait légalement de nier cette indépendance, ce fut la “reconnaissance” internationale de la soi-disant “République Fédérale de Yougoslavie” à partir des accords de Dayton : c’est-à-dire ni la justice naturelle qui reconnaît évidemment les Droits nationaux des Kosovars, ni la légalité locale qui se trouvait elle aussi reconnaître ces Droits nationaux nonobstant les coups de force successifs du pouvoir de Belgrade, mais les décisions arbitraires de gouvernements étrangers, qui les méconnaissaient provisoirement.
    Provisoirement parce que, la soi-disant “République Fédérale de Yougoslavie” ayant disparu, ce qui est aujourd’hui reconnu par les Etats civilisés qui se soucient de respecter le Droit, c’est la “République du Monténégro”, la “République de Serbie”, et la “République du Kosovo”.
    En toute légalité internationale.

    L’indépendance du Kosovo ne fait que rétablir les Droits que possédait son peuple aux termes de la Constitution yougoslave du 21 février 1974

    Dans la Constitution fédérale yougoslave du 21 février 1974, le Kosovo avait les mêmes institution que les républiques, et il était directement représenté, à parité complète dans les instances fédérales : du 15 mai 1986 au 15 mai 1987 c’est un Kosovar, Sinan Hasani, qui a présidé la Fédération tout entière.
    Et c’est à titre purement nominal qu’il “appartenait” à la Serbie. Celle-ci n’avait absolument aucun Droit de regard d’aucune sorte sur ce qui s’y passait, comme s’en plaignait alors le juriste serbe Kosta ?avoški –pseudo-nationaliste qui défend aujourd’hui Radovan Karadži? :

    “les provinces autonomes, chacune prise séparément, et la Serbie, réduite à une superficie restreinte, sont égales entre elles et pratiquement indépendantes les unes des autres, de la même façon que la Macédoine est indépendante du Monténégro et vice-versa.”

    En outre la Constitution reconnaissait aux Kosovars, en tant que “nationalité”, le “Droit d’autodétermination, y compris la sécession”, dans le cadre de leur “province autonome” au même titre qu’aux “peuples” dans leurs “Républiques fédérées”.

    Et lorsque le pouvoir serbe, à partir de mars 1989, a prétendu abolir ce statut constitutionnel par une violence illégale, il a de facto mis la main sur le territoire pour une dizaine d’années, mais ce faisant il détruisait la Constitution fédérale yougoslave, donc la Fédération, et avec cette Constitution et cette Fédération toutes les prétentions juridiques de la Serbie sur ce territoire, puisque celle-ci n’existaient que par elles.
    http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_258gfsbt9ch

    C’est pourquoi Noel Malcolm, Senior Research Fellow à Oxford et historien du Kosovo, interprète ainsi la déclaration d’indépendance du 17 avril 2008 :

    “Jusqu’à la destruction de l’ancienne Yougoslavie fédérale par Miloševi?, le Kosovo avait un double statut. Il était censé appartenir à la Serbie, mais il était aussi une entité constitutive de la Fédération. Et à tous égards dans la pratique, c’est ce dernier sens qui l’emportait : le Kosovo avait son propre parlement, son propre gouvernement, et il était directement représenté au niveau fédéral, à côté de la Serbie. C’était, en fait, l’une des huit entités du système fédéral.

    “Presque toutes les autres entités sont aujourd’hui devenues des états indépendants. Historiquement, l’indépendance du Kosovo ne fait que compléter le processus. C’est pourquoi le Kosovo est simplement devenu un état ex-yougoslave de plus, comme n’importe quel historien pourrait vous le dire”
    http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_275d8xcqcpk

  18. Qeni août 28, 2008 @ 12:45

    On vous avait prévenus…

    docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_303ddvps9f7
    http://www.frontpagemag.com/Articles/ReadArticle.asp?ID=6553
    Lettre ouverte au Président Bush
    Par Vladimir Boukovsky et Elena Bonner, FrontPageMagazine.com, 10 mars 2003

    Cher M. le Président,

    … Notre propre expérience, sous un régime aussi détestable que celui de l’Union soviétique, nous a appris que la liberté est une des rares choses qui valent la peine qu’on se batte et meure pour elles. Et plus tôt nous le ferons, mieux cela vaudra parce que de tels régimes, comme l’histoire l’a prouvé encore et encore, ne nous laissent d’autre choix que de les affronter et de les détruire parce qu’ils sont, par leur nature même, aussi bien oppressifs à l’intérieur qu’agressifs à l’extérieur.

    De même, nous ne comprenons pas pourquoi il serait si important d’obtenir encore une résolution de plus du Conseil de Sécurité, si cela ne passait pas pour l’être dans le cas beaucoup moins évident ,de la campagne de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999. Tout de même, le régime de Miloševi? fait pâle figure à côté de celui de Saddam.

    Cependant, pourquoi serait-il nécessaire de lutter pour cette noble cause en s’alliant avec des États qui, pour l’essentiel, ne sont pas différents de celui de Saddam Hussein et de l’ancienne Union soviétique ? Pourquoi devrions-nous cautionner la quasi-extermination de certains peuples pour en libérer d’autres ? N’est-ce pas un prix inacceptable à payer pour l’avantage douteux que de telles alliances peuvent nous apporter ?

    Ce qui est en cause est, évidemment, la Russie. Contrairement à la croyance populaire en Occident, celle-ci n’est pas sur le chemin de la démocratie ni du libéralisme. Les dernières élections présidentielles vous montrent quel genre de démocratie ce pays s’est donné, les électeurs ayant eu le choix entre un dirigeant communiste et un colonel du KGB. C’est cela, les élections à la russe.

    En fait, c’est le KGB qui a gagné. Après 10 ans de tentatives de réforme hésitantes et timorées, on lui a rendu le pouvoir, une fois de plus, et il a fait très vite pour réimposer son autorité dans tout le pays, de même que pour réinstaller les anciens symboles de l’Union soviétique : l’hymne national et, dans l’armée, le drapeau rouge. L’un après l’autre, les derniers médias indépendants ont été fermés. Pendant dix ans, nous n’avions pas eu de prisonniers politiques ; maintenant, nous en avons. Plusieurs personnes sont déjà en prison pour avoir protesté contre la guerre en Tchétchénie, ou contre des crimes que l’armée y a commis, ou contre la pollution par les déchets nucléaires militaires. Aujourd’hui, la Tchétchénie est une des plaies purulentes de notre pays : sous les yeux de nombreux observateurs internationaux, on commet un véritable génocide contre ce petit peuple sans défense.

    Il existe un grand nombre de rapports bien documentés sur ce qu’on appelle les “zatchistki” (opérations de nettoyage), où la population de villages entiers est enfermée dans des camps de filtration, torturée et assassinée, et où ne peuvent survivre que ceux pour qui la famille a payé une rançon.
    Aujourd’hui, en Russie, la corruption est une chose d’un autre monde. Ce n’est plus de la corruption, c’est un système où le KGB (qui s’appelle maintenant le FSB) dirige la plus grande partie du crime organisé : du racket, du trafic de drogue, des ventes d’armes et des assassinats sur commande. En fait, il est devenu quelque chose comme un syndicat du crime, assez proche du fameux S.P.E.C.T.R.E. des films de James Bond.

    Et pourtant, au départ de l’effort pour créer une coalition anti-terroriste, le Premier ministre britannique Tony Blair, sans nul doute en consultation avec Washington, est allé en Russie pour y accueillir ce nouvel allié. Il a exprimé son plaisir de voir que dans cette guerre la Russie se tiendrait enfin aux côtés de l’Occident, disant notamment, a-t-il dit,

    “parce que la Russie a une si grande expérience dans la lutte contre le terrorisme”

    Nous n’avions jamais cru que nous vivrions assez longtemps pour entendre des propos pareils de la part d’un politicien occidental de premier plan. C’est presque aussi odieux et ridicule que de dire que l’Allemagne a une vaste expérience dans la manière de traiter les juifs. C’est la Russie qui, sous son ancienne incarnation d’Union soviétique, a pratiquement inventé le terrorisme politique moderne, l’élevant au rang de politique d’État. D’abord, pour mater sa propre population, puis pour étendre son influence dans l’ensemble du monde.

    Leur “expérience” dans le traitement du terrorisme musulman est encore plus spectaculaire. Comme vous le savez certainement, ils ont armé Saddam pendant des décennies, lui fournissant entre autres des installations pour la guerre biologique. Un autre pays, l’Afghanistan, est probablement un exemple encore plus approprié. Il n’y a guère de doute dans notre esprit que l’état actuellement lamentable de ce pays, y compris l’émergence du mouvement Taliban, y est la conséquence directe de la “Révolution d’avril” inspirée par les Soviets en 1978 puis, après son échec, de l’invasion soviétique de 1979 qui a déstabilisé le pays et l’a plongé dans le cauchemar d’une guerre civile de 20 ans. Est-ce cela, l’expérience que l’Occident cherche à partager ?

    Mais, bien sûr, cette citation de Tony Blair était beaucoup plus qu’une exécrable idiotie. Elle entendait signaler un changement de l’attitude occidentale vis-à-vis de la conduite des Russes en Tchétchénie.
    Avant le 11 septembre, la critique occidentale du génocide qu’ils y commettent, si modérée et étouffée qu’elle pût être, avait encore pour effet de retenir les maîtres de la Russie. Désormais, après avoir fait de la Russie un partenaire de la coalition, on n’a plus aucun frein de ce genre. Qui plus est, on déclare que cette guerre insensée, génocidaire, contre un petit peuple serait une expérience dont l’Occident devrait s’inspirer. Si c’est aujourd’hui le cas, quelqu’un peut-il nous expliquer pourquoi Slobodan Miloševi? est toujours en prison à La Haye ? En toute justice, il faudrait le relâcher et lui décerner un Prix Nobel de la paix, parce que son “expérience dans la lutte contre le terrorisme” en Bosnie et au Kosovo n’est guère différente de l’expérience russe en Tchétchénie, avec cette différence que ses exploits sur le terrain pâlissent si on les compare aux atrocités russes [pâlissent parce qu'ils sont anciens ; autrement, ils sont tout à fait comparables].

    Ceci, cependant, n’a été qu’un début Le danger du “partenariat” avec des régimes criminels est qu’ils n’ont de cesse qu’ils ne fassent de vous un complice de leurs exactions.
    Lentement mais sûrement, les maîtres de la Russie contraignent leurs partenaires occidentaux à accepter leurs crimes en Tchétchénie comme faisant partie d’un combat commun contre le terrorisme. Votre gouvernement a déjà cédé à cette pression et inscrit un certain nombre de groupes tchétchènes sur votre “liste noire” d’organisations terroristes internationales, alors que vous ne savez rien sur elles si ce n’est ce que le KGB vous raconte. Tout à coup, les polices occidentales se sont transformées en sortes de garçons de courses pour le KGB, étant obligées d’arrêter toute personne que Moscou désigne comme “terroriste”, et d’entreprendre une procédure d’extradition, même si la personne en question est, comme Ahmed Zakaïev, un représentant parfaitement connu du gouvernement légitime des Tchétchènes.
    Si cela doit continuer, Monsieur le Président, vous pouvez nous compter tous sans hésiter au nombre des terroristes : étant donné que M. Poutine, votre nouvel ami, a officiellement défini comme terroriste quiconque soutient les Tchétchènes, nous entrons tous dans la définition.

    Ainsi, la première victime de cette guerre non encore déclarée, son premier “dommage collatéral”, est le principe fondamental sur lequel votre pays a été construit, enchâssé dans la déclaration d’Indépendance de votre pays, comme le Droit d’un pays de se soulever contre un gouvernement tyrannique ou une occupation étrangère.
    Et nous voilà complètement désorientés : George Washington était-il un terroriste ou un combattant pour la liberté ?

    Dans cette guerre morale, il n’y a rien de plus dangereux que l’approche de la “Realpolitik”, qui nous a apporté tant de désastres dans le passé. Après tout, Osama ben Laden n’est-il pas le produit secondaire d’un “mariage de raison” comparable conclu dans le passé? N’est-ce pas également vrai de Saddam Hussein ? Et n’est-il pas exact que, même encore aujourd’hui, vos nouveaux “partenaires” comme la Russie vendent en secret de l’équipement militaire aux pays de l’Axe du Mal ? Les États-Unis apprendront-ils jamais cette leçon, ou vont ils toujours nourrir de nouveaux ennemis pendant qu’ils en combattent d’autres?

    Dans quelques jours, M. le Président, des millions de par le monde seront collés devant leurs écrans de télévision, absorbés par le drame spectaculaire de la guerre moderne, et perdront de vue l’image plus large. Éblouis par la puissance de feu, fascinés par les “armes intelligentes” en action, nous ne pourrons qu’épisodiquement nous demander :

    “pourquoi le gouvernement US n’est-il pas aussi intelligent que les armes dont il dispose ? Pourquoi rend-il toujours les choses si difficiles à ceux qui le soutiennent, même lorsqu’il combat pour une juste et noble cause ?”

    Mais lorsque la poussière retombera, et qu’avec elle Saddam Hussein se sera évanoui, il restera une question bien plus troublante encore :

    “– était-ce une victoire ou était-ce une défaite ?”

    Veuillez agréer, …

    Vladimir Boukovsky et Elena Bonner.

    Vladimir Boukovsky est un ancien dissident soviétique qui a passé douze ans dans les prisons, camps de travail et hôpitaux psychiatriques de l’URSS en raison de son combat pour la liberté, et dont l’oeuvre comprend “Et le vent reprend ses tours”, “Cette lancinante douleur de la liberté” et “Jugement à Moscou”.

    Elena Bonner est une ancienne dissidente soviétique, une militante des Droits de l’homme, et la veuve du Prix Nobel de la Paix Andrei Sakharov.

  19. Claurila septembre 6, 2008 @ 18:17

    http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/09/03/lourd-heritage-sovietique-par-thierry-wolton_1090988_0.html
    Point de vue
    Lourd héritage soviétique
    par Thierry Wolton, LE MONDE | 03.09.08

    La plupart des analyses et commentaires consacrés à la crise russo-géorgienne passent sous silence l’héritage communiste qu’elle révèle. La chute de l’URSS date d’un peu moins de deux décennies, mais nous semblons avoir tout oublié. Or, il est difficile de comprendre ce qui se passe dans le Caucase sans intégrer cet héritage.

    Nombre de bons esprits justifient la politique actuelle de la Russie en invoquant la continuité avec l’Union soviétique tout en négligeant la dimension communiste de ce que fut cette entité. On nous assène comme une évidence que Moscou veut simplement retrouver les frontières de l’URSS comme si celles-ci lui appartenaient de droit. Drôle de conception de l’histoire.

    L’URSS s’est construite dans le feu et le sang, par l’écrasement des peuples du Caucase et d’autres encore, à l’ouest, au nord de ses frontières. Elle s’est consolidée par la mise en coupe réglée des peuples qui occupaient ces régions, à qui fut imposé le système communiste. Des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont été assassinés ou déportés massivement, payant de leur vie cet impérialisme. Invoquer les frontières de l’URSS pour excuser aujourd’hui la politique de la Russie est une forme de négationnisme lorsqu’on oublie le drame de cette histoire.

    Pourquoi escamoter ce passé quand les dirigeants russes en sont imprégnés ? C’est le précédent soviétique qu’ils ont en tête quand ils revendiquent de nouveaux droits impériaux. Vladimir Poutine, dont nul ne peut douter qu’il dirige à Moscou, est un nostalgique de l’URSS. Ne proclama-t-il pas, dès son entrée en fonctions, à la fin des années 1990, que la chute du système soviétique avait été la pire catastrophe jamais arrivée à la Russie ? Ce n’est pas l’Union soviétique en stagnation de l’époque de Brejnev que regrette Poutine mais celle triomphante et criminogène de Staline.

    Les historiens russes ont pour devoir, sur ordre du Kremlin, de réhabiliter le dictateur, d’en faire un héros de la nation. Ajoutons qu’aucun dirigeant actuel n’a cru bon, jusqu’à présent, d’exprimer la moindre repentance pour ce passé. Au contraire, Poutine et les hommes en uniforme qui l’entourent se réclament avec fierté de la tradition tchékiste, du nom de cette police politique connue sous diverses appellations (GPU, NKVD, KGB…) qui fut le bras armé du Parti communiste, l’exécuteur de ses basses oeuvres.

    Osons une comparaison hardie mais pertinente. Si au milieu des années 1960, soit deux décennies environ après la défaite du nazisme, l’Allemagne avait été dirigée par des nostalgiques de Hitler, plus grave encore par les héritiers spirituels des SS et de la Gestapo (ce que fut à la fois l’ancien KGB dont sont issus Poutine et son entourage). Imaginons encore que cette Allemagne décide, par exemple, de récupérer les Sudètes. Parlerions-nous avec autant de désinvolture de “frontières naturelles” ?

    C’est parce que les Géorgiens n’ont pas oublié ce que fut l’occupation soviétique qu’ils ne veulent surtout pas d’un retour en arrière. De même pour les Moldaves, la Crimée, l’Ukraine (les prochains sur la liste de cette recomposition de l’URSS d’antan ?), sans parler des pays de l’Europe centrale et orientale ni des Baltes, nos compatriotes européens. Tous ces peuples ne sont pas frappés par notre amnésie et craignent la politique impériale de Moscou.

    On peut certes évoquer les racines slaves présentes dans certains de ces pays pour légitimer la politique du Kremlin, mais pourquoi alors ne pas laisser aux peuples concernés le choix de décider s’ils souhaitent ou non s’abriter dans le giron moscovite ? Le régime poutinien, qui hait la démocratie, de crainte d’avoir un jour à rendre des comptes à des électeurs libres, n’est guère dans cette logique. La militarocratie au pouvoir au Kremlin conçoit le monde en termes de rapports de forces. Ces tchékistes, orphelins de Staline, ne connaissent pas d’autre culture politique.

    Une Russie démocratique ne se serait pas lancée dans cette aventure militaire. Quant au discours qui consiste à interpréter la politique du Kremlin comme une réaction à l’encerclement occidental, à