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Chapitre 48 - Le Portail s’ouvre

Le Portail des Royaumes

On entendit de très loin résonner une série de trompette. Et voilà soudain qu’en haut de la colline qui nous faisait face apparut un portail d’or, un portail immense dans le vide, que ne soutenait aucun mur ! Bauglir se retourna, et la haine déformait son visage. Le vent semblait sortir de ce portail, et voilà qu’il était ouvert, et une lumière brillait derrière qui semblait devoir chasser la nuit !
Alors en sortit une immense armée, une armée magnifique et lumineuse. En premier, dix guerriers venaient en portant des étendards flamboyants. Puis vint un capitaine sur un étalon fier et haut, et son épée était de feu. Son armure étincelait, et son visage brillait dans l’ombre. A sa suite défila une centaine de chevaliers, portant lances et épées, puis des soldats par centaines, qui vinrent se ranger sur la colline, en face des assaillants qui nous encerclaient. Enfin tous furent rangés en ordre de bataille, et cette armée brillait tant que nous avions du mal à garder les yeux ouverts. Ils étaient bien deux milles. Le portail au dessus d’eux restait ouvert, et il semblait flotter dans les airs comme un rêve merveilleux. Une série de trompettes sonna, puis un tambour se mit à battre. Nous n’étions plus qu’une cinquantaine acculée au rocher, et entre les deux armées, se tenaient nos ennemis, maintenant dépassés en nombre !
Le capitaine leva son épée de feu, et sur un ordre, son armée chargea, cavaliers en tête. Nous n’avons pas mis longtemps à nous ressaisir du tour étrange que prenaient les événements. Mon premier but était de libérer Tinnù, et nous avons donc tenté une percée dans sa direction. Nous ne sommes pas arrivés trop tard ; Delu avait déjà par deux fois abattu son épée sur lui, et il ne s’en était tiré que grâce à sa rapidité. Le grand elfe fut abattu sans pitié, et notre chef récupéra son épée noire et mena la charge. Pris dans un étau, mercenaires, loups et renégats tentèrent de s’échapper pour retourner au château. Ils n’avaient pas prévu un tel retournement de situation. Nous les avons poursuivis jusqu’aux remparts, les murailles nous laissèrent passage. Nous retrouvâmes en cours de route Blandine, Christian et Grégoire, tous trois amochés mais farouches et brandissant encore leur lame. Dans leur fureur ils dégageaient la même lueur que les combattants de l’armée des bénis. Nos échelles traînaient encore à terre lorsque nous arrivâmes aux pieds du château. Nous avons pris pied sur le chemin de ronde, et le capitaine de l’armée des bénis était avec nous, mais c’est Tinnù qui menait l’assaut. Et il n’avait qu’un désir au cœur : trouver Bauglir
Le silence revint soudain. Le matin semblait vouloir poindre, le ciel se zébrait de rouge à l’horizon et les étoiles s’éteignaient. Alors paru Bauglir, terrible et flamboyant, et à sa main brûlait le Joyau. Sa lumière était celle d’une étoile tombée du ciel, et je clignais des yeux un bref instant avant de me ressaisir. Il était debout, la couronne sur sa tête, ses cheveux gris volant au vent, et brandissait le Joyau en haut des marches en hurlant :
- C’est cela que tu cherches, Morgal le maudit, Tinnù le rejeté ? C’est cela que tu cherches ? Tu le veux ? Oh j’ai bien compris maintenant, tu ne le veux pas pour toi ! Fou, pauvre fou ! Inconscient ! Tu veux le donner à leur roi à eux (et ce disant, il désignait le capitaine de l’armée des bénis, qui se tenait, sévère et silencieux, au dessus du pont-levis), tu veux le donner à celui qui n’a cure des elfes et de leur bonheur ! Mais pauvre idiot, tu veux donc ta fin et celle de ton royaume ? As-tu donc oublié la traîtrise de ta mère, et le long chagrin de ton père ? Tu es fils de traître, semi elfe, renégat toi aussi !

Tinnù ne prononça pas un mot. Il monta lentement les marches, l’épée noire de Delu à sa main.
- Tu cours à ta perte, lui murmura Bauglir encore une fois.
Mais l’épée noire se balança, revint d’un mouvement rapide du poignet, et la tête du Tyran sauta pour finir et roula en bas des marches. Alors son corps s’écroula, et bientôt il ne resta plus rien de lui. Sa tête se dessécha sur place et tomba rapidement en poussière. Un coup de vent passa. Il fut parti.

Isabelle @ juillet 31, 2008

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