Préférence nationale ou gouvernement mondial ?
Afrique, Identité, Politique/France
Dans un grand quotidien camerounais, nous pouvions lire aujourd’hui la chose suivante :
Le matraquage médiatique observé dans la presse française autour de cette affaire, qui n’est certainement pas le premier cas d’étranger assassiné au Cameroun par des brigands, ne cache-t-il pas un dessein réel (…) de mettre la pression sur les autorités camerounaises afin qu’ils élucident l’assassinat d’une… Française? Sinon, comment comprendre que la presse hexagonale ne se soit jamais émue de nombre autres assassinats non élucidés dont recèle l’histoire du Cameroun depuis quelques années. Ces derniers en date étant ces 40 tués des émeutes de février.
L’auteur fait référence à deux événements :
1) L’assassinat de Laurence Vergne en janvier dernier à Yaoundé, par des cambrioleurs surpris en pleine action. L’affaire a causé beaucoup d’émois tant au Cameroun qu’en France.
2) La mort d’un certain nombre (mais non d’un nombre certain) de camerounais lors de la répression des grèves de février dernier (prix de l’essence exorbitant, modification intempestive d’article de la Constitution - bref, pas de quoi en faire un plat, dirait-on en France… hélas).
Le journaliste, Justin Blaise Akono, s’émeut du fait que la France, sous la pression de la famille et des amis de la défunte (évidemment, sans quoi…), dépense autant de temps et d’énergie pour obtenir les vrais coupables. C’est vrai, la mort d’une française déclenche plus de passion auprès des français que la mort de (plus ou moins) quarante camerounais.
Nous pouvons regretter que notre pays ne prenne pas de position plus courageuse vis à vis de gouvernements indignes. Nous pouvons soupirer quand nos dirigeants ne donnent aucun signe d’encouragement envers les bonnes volontés, alors que les Etats-Unis se font les héraults de la liberté de la presse. Les pressions américaines semblent avoir fait leurs effets : les radios et TV camerounaises fermées en février ont réouvert. Nous pouvons trouver dommageable que la France ne se soit pas exprimée au moment de leur fermeture. Nous pouvons nous inquiéter quand nos dirigeants décident de réduire les crédits accordés aux représentations à l’étranger. Pendant ce temps, la Chine et les Etats-Unis construisent des ambassades somptueuses et s’installent.
En revanche, nous ne pouvons pas trouver anormal que la France se soucie d’abord des français.
L’auteur de cet article voudrait que la France cherche à élucider tous les crimes commis au Cameroun. Mais pourquoi s’arrêter au Cameroun ? En dehors du problème d’ingérence que cela pose, c’est l’idée même de la nation qui serait remise en cause, vis à vis des pays où la France agirait comme de la France même.
En effet, si la France résout les crimes des autres pays, et si (tant qu’on y est) elle assure les soins à tous, s’inquiète de l’accès à l’enseignement partout où il est menacé, implique ses troupes dans la sécurité des citoyens d’autres pays (ce qu’elle fait parfois, mais dans le cadre onusien), si la France nourrit et abreuve ceux qui ont faim et soif partout dans le monde au même titre que s’ils étaient français, alors la France n’est plus la France.
Elle est un nouveau gouvernement mondial.
Le monde se porterait-il mieux alors ?
La problèmatique n’est pas nouvelle. La préférence nationale, c’est la nation. La nation peut s’inquièter par les voies diplomatiques. Elle peut s’impliquer dans les relations internationales, selon des règles qui ne sont pas parfaites, qui restent à améliorer, mais qui ont été établies dans le souci d’éviter justement qu’une nation cesse d’être une nation pour devenir un Etat mondial.
Bien sûr, les camerounais -comme de nombreux autres peuples- ont l’occasion de regretter l’absence d’un Zorro. Et Zorro de nos jours c’est l’ONU, qui ne joue pas toujours son rôle d’ailleurs, et toutes ses pseudos grandes puissances, alors même que les français, les américains, les anglais, les allemands se prennent parfois à espérer aussileur Zorro.
L’idéal serait encore que l’Etat Camerounais assure lui-même la sécurité et la liberté de ses citoyens. Or, il serait malvenu de notre part de lui reprocher la même chose que reproche Justin Blaise Akono à la France. Mais si un jour cela devait arriver, cela signifierait que cet Etat joue enfin son rôle et l’Afrique s’en porterait peut-être un petit peu mieux.
Isabelle @ juillet 29, 2008



