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2 commentaires

  1. Odile août 9, 2008 @ 22:22

    Excellent article ! Merci beaucoup ! Je viens souvent sur ce site, et c’est très agréable d’avoir affaire, enfin ! A de VRAIS journalistes !

  2. nicolas août 11, 2008 @ 16:02

    “on construit le peuple” la phrase a aussi été dite par jules féry quand ce dernier a interdit l’usage des langues régionales dans les écoles. Historiquement, le sentiment de nation française n’existe que depuis 150 ans environ…

L’UE sombre dans le totalitarisme doux

A la une, La cité, UE, UE/institutions

par Ludovic.

** La discussion qui suit est véridique. Elle s’est tenue le 27 mai 2005 sur la chaîne Public Sénat. Nous sommes à deux jours du référendum sur la Constitution européenne. Sur le plateau, deux hommes débattent : Paul-Marie Coûteaux - euro-député souverainiste - et Philippe Moreau Defarge, ministre plénipotentiaire, chercheur au très mondialiste Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et enseignant à l’IEP Paris.

« On construit le peuple »

** Dès le début, M. Moreau Defarge parle des « citoyens européens », de leur volonté de créer une politique commune. Toute sa défense du traité constitutionnel tourne autour de ces thèmes. Paul-Marie Coûteaux décide alors de recadrer le débat : « Vous savez, le peuple européen est quelque peu évanescent… ». La phrase est ironique. Le peuple européen n’existe pas ; on ne peut donc créer d’Etat européen. Quand à la supposée « volonté des citoyens européens » de fusionner, elle n’existe que dans l’esprit de certains idéologues. La réponse de Philippe Moreau Defarge fuse : « On construit le peuple ». Même les journalistes, plutôt pour le oui, sont interloqués.

** « On construit le peuple »… Cette affirmation terrible est symptomatique de l’Union Européenne. Chaque jour nous apporte en effet son lot d’actions visant à créer un peuple de toute pièce. De la plus petite directive ordonnée par la Commission au grand traité signé par les états-membres, tout concoure vers un but principal : créer un Etat central européen. Un objectif qui passe par le matraquage des esprits.

** Il s’agit d’abord de créer des mythes et des symboles. Un article spécifique poursuivait ces desseins dans la Constitution rejetée par référendum en 2005, puis imposée par l’exécutif en 2008. L’article I-8 sur les symboles de l’ « Union » tonnait :

« Le drapeau de l’Union représente un cercle de douze étoiles d’or sur fond bleu

L’hymne de l’Union est tiré de l’Ode à la joie de la Neuvième symphonie de Beethoven

La devise de l’Union est : « Unie dans la diversité »

La monnaie de l’Union est l’euro

La journée de l’Europe est célébrée le 9 mai dans toute l’Union ».

Il est intéressant de noter que la question monétaire figure ici dans les symboles de l’Union. Comme nous l’avons vu précédemment (La lettre numéro n°45), l’euro n’est pas viable économiquement. Il vise tout autant à unifier des économies diversifiées qu’à modeler les esprits des peuples européens.

** Ceux qui auront pris la lecture en cours penseront sans doute que nous parlons de l’Union Soviétique des années 60. Eh bien non ! Il s’agit bel et bien de l’Union Européenne de 2008. Et vous n’avez encore rien vu…

Les panneaux d’autoroutes ou la taille des camemberts : des directives pensées

** Car l’Union pense à tout. Et la Commission a décidé de s’attaquer à toutes les habitudes des peuples d’Europe. Chaque jour, des directives d’apparence insignifiante obligent les nations à changer leurs comportements. Il s’agit pour l’essentiel de lois anodines.

D’où vient par exemple cette subite volonté affichée par Nicolas Sarkozy de changer les plaques d’immatriculations ? Il faut diriger nos regards vers Bruxelles. La Commission tient absolument à ce que toutes les voitures en Europe portent le même affichage. En France cela se traduira surtout par l’abandon des numéros de départements. La raison officielle inventée par l’exécutif français fut l’ « avantage » pour le consommateur d’avoir une plaque à vie. Rappelons que si l’inscription du numéro de département sera absente – sauf demande expresse -, celle du drapeau européen restera, et il n’est pas laissé le choix de l’enlever.

On bouscule les habitudes, on efface les régions…

** Toute aussi significative est la volonté farouche de l’UE d’uniformiser les signalisations sur les autoroutes. Les panneaux bleus familiers annonçant l’A1 ou l’A10 sont désormais affublés d’affichages verts signalant l’E15 ou l’E5 (E pour « Européenne »). Le bleu passe au vert, l’A passe en E, les chiffres changent, et une autoroute reliant Paris à Nantes sera dénommée d’un ridicule E50. Tout cela n’a aucune logique. Passées les frontières, il n’y a plus de réseau routier européen. Cerise sur le gâteau, ces nouveaux panneaux de signalisation coûtent très chers au contribuable (comme me le confirma lors d’un déjeuner le patron d’une grande entreprise française opérant dans le domaine).

Ridicule ? Certainement. Mais pas sans incidence. On cherche à investir les esprits, à « construire un peuple ». Récemment, une nouvelles directive étonnante a été adoptée : elle oblige tous les tracteurs ( !) de l’Union Européenne à porter les mêmes plaques d’immatriculation (taille, couleur, forme…) dans l’UE.

** Tous les secteurs sont visés. En gastronomie, on se souvient encore de la directive imposant des normes de taille, de poids et d’ingrédients pour les camemberts ; obligation rejetée momentanément par les producteurs. Aucune raison économique ou sanitaire ne justifiait une telle prise de position.

L’Union européenne, une nouvelle URSS ? *

** Plus proche de nous, l’UE eu l’idée « géniale » de créer une Appellation d’Origine Protégée (AOP). Le sigle, entouré des étoiles du drapeau européen, est censé remplacer notre AOC et les règles propres existant dans certains autres pays d’Europe. Encore une fois, on abat les terroirs, on efface les identités.

** Tout ceci peut sembler dérisoire. Il n’en est rien. Quand des lois n’ont plus de logique, il faut en chercher la raison dans les intérêts privés ou dans les idéologies. L’UE emprunte certains aspects des régimes totalitaires : destruction des liens avec le passé, création forcée de symboles nouveaux, pénétration de plus en plus prégnante dans la vie personnelle de tous les jours. Autant de changements qui – croient-ils – peuvent modeler notre pensée.

Mais on ne moule pas les êtres comme de la pâte à modeler. Plus que tout, on ne peut s’en arroger le droit. Ici est la limite fondamentale qui sépare le respect de la liberté d’autrui et la tyrannie. Plus encore que de conquérir les cœurs, l’UE cherche à modeler les âmes. Elle est un régime totalitaire doux.

* C’est le titre d’un livre écrit par Vladimir Boukovski – l’un des plus célèbres dissidents soviétiques – en 2005 (Editions du Rocher, 19,90 euros).

PS : Dernier exemple en date : lors de la finale de Ligue des Champions (la principale coupe d’Europe des clubs de football du continent), il fut envoyé l’ « Ode à la joie » dans les amplificateurs du stade lors de la levée de la coupe par l’équipe victorieuse. Cette musique était particulièrement inappropriée en la circonstance, mais qu’importe : le but n’était-il pas d’envoyer des flash dans l’esprit des fans de foot ?

Thibaud @ juillet 20, 2008

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